Attentats à Paris: Quels impacts sur la sécurité intérieure?

TERRORISME Renforcement des effectifs, déploiement de l'armée sur le territoire et procédure à repenser, la politique de sécurité intérieure doit s'adapter à la menace...

Anissa Boumediene

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Un soldat sous la Tour Eiffel dans le cadre du plan vigipirate à Paris.

Un soldat sous la Tour Eiffel dans le cadre du plan vigipirate à Paris. — Lionel Bonaventure AFP

La France est en guerre. Deux jours après les attentats meurtriers qui ont frappé la capitale, les autorités sont sur le pied de guerre pour assurer la sécurité du territoire. Enquête, surveillance des individus potentiellement dangereux, déploiement de policiers et de militaires pour protéger, et rassurer les civils : l’Etat a du pain sur la planche. Comment faire face à la menace terroriste sur le territoire ? Et quels impacts les attentats vont-ils avoir sur la politique de sécurité intérieure à adopter ? 20 Minutes fait le point.

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Des mesures immédiates

« Le fait que l’état d’urgence ait été décrété, ce qui est rarissime, va dans l’immédiat permettre de faciliter le travail des services. En pratique, ce dispositif permet de mobiliser les forces de police et de faciliter leur travail : elles peuvent agir sous une autorité administrative et non pas judiciaire, et ainsi lancer des perquisitions plus rapidement par exemple. Et instaurer des couvre-feux si nécessaire. Cela libère de certaines contraintes de procédures », explique Olivier Renaudie, professeur de droit public à l’université de Lorraine, spécialiste de la sécurité intérieure. « L’état d’urgence devrait d’ailleurs être prorogé dans douze jours et durer plusieurs mois ».

Pour autant, « les attentats ne vont pas bouleverser les mesures de sécurité intérieure. Les services de renseignements étaient déjà à pied d’œuvre dans la lutte antiterroriste et, même si on n’en parle pas, des centaines de personnes ont été empêchées d’agir », précise Louis Caprioli, ancien responsable de la lutte contre le terrorisme à la Direction de la surveillance des territoires (DST). « Mais ils sont déjà à saturation de leurs objectifs : surveiller les individus de retour de Syrie ou sur le départ, ceux qui font l’objet d’un signalement, ceux qui embrigadent sur les réseaux sociaux, etc. », relève-t-il.

Se donner les moyens d’agir

Assurer ces objectifs implique donc de se donner les moyens humains, financiers et logistiques d’agir. « Ces attaques sont une pression supplémentaire sur les services de renseignement », considère l’ancien responsable de la lutte contre le terrorisme. « Pour l’heure, il faut composer avec des forces déjà très sollicitées, dans un état de fatigue extrême. Les services de renseignement témoignent du manque d’hommes, abonde Olivier Renaudie. Il faut renforcer les moyens humains ».

« On n’a eu que des stagnations voire des baisses d’effectifs. La lutte antiterroriste est un défi auquel on ne s’est pas assez préparé, déplore Louis Caprioli. Or un travail de sécurité intérieure efficace est un travail de longue haleine, qui requiert beaucoup de monde. Surveiller une personne qui représente une menace potentielle, cela peut impliquer des filatures, des écoutes téléphoniques, des infiltrations », indique-t-il. « Cela requiert énormément de ressources humaines », confirme Olivier Renaudie.

« Plusieurs centaines de personnes doivent être recrutées, mais il s’agira de nouveaux, qu’il faudra former. Ils ne seront pas opérationnels dès demain, cela prendra un an », prévient l’ancien cadre de la DST. En attendant, « l’une des clés d’action vient des forces militaires. L’armée doit devenir un acteur de la sécurité intérieure. C’en est fini de la césure entre les policiers et gendarmes chargés de la sécurité intérieure et les militaires déployés seulement à l’extérieur. Mais se pose la question des compétences à leur attribuer, on ne peut pas les utiliser que pour patrouiller dans les rues », recommande-t-il. « Samia Ghali (maire PS du 8e secteur de Marseille), réclamait en 2012 le déploiement de l’armée dans les quartiers nord. Elle avait été moquée mais on voit aujourd’hui que ce n’est pas une idée saugrenue ».

Repenser des dispositifs de surveillance

Mais l’effort doit aussi être fait sur le terrain du renseignement. Ismaël Omar Mostefaï, l’un des kamikazes du Bataclan, les frères Kouachi, Amédy Coulibaly, ou encore Ayoub El-Khazzani, tous ont en commun d’avoir fait l’objet d’une fiche S. « Cela pose la question des dispositifs de surveillance, qu’il va falloir repenser, juge Olivier Renaudie. Jusque dans les prisons, qui sont un haut lieu de radicalisation ».

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Idem pour les ressortissants français ayant combattu en Syrie ou en Irak dans les rangs de Daesh ou encore Al Qaïda. « On a en face de nous des bombes potentielles à retardement », présume Louis Caprioli, qui « recommande l’expulsion de France lorsqu’elle est possible ». Autre solution : « envisager des sas de décompression, préconise Olivier Renaudie, pour les isoler et les empêcher de nuire ».