Attentats de Paris: Pourquoi la France est-elle la principale cible de Daesh?

ANALYSE Les opérations extérieures de la France, en Irak et en Syrie mais aussi dans le Sahel, le principe de laïcité ou encore le nombre de recrues françaises au sein de l’organisation terroristes jouent...

Bérénice Dubuc

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Le communiqué de revendication des attentats de Paris par Daesh, le 14 novembre 2015

Le communiqué de revendication des attentats de Paris par Daesh, le 14 novembre 2015 — 20Minutes

« La France et ceux qui suivent sa voie doivent savoir qu’ils restent les principales cibles de l’Etat islamique ». Les termes choisis par l’organisation terroriste dans le communiqué revendiquant les attentats de vendredi sont limpides : la France est sa cible privilégiée. Pour quelles raisons notre pays est-il « l’ennemi public numéro un » de Daesh, comme l’expliquait début octobre le juge antiterroriste Marc Trévidic ? Eléments de réponse.

Du fait de sa politique extérieure

Depuis septembre 2014, la France est militairement engagée contre Daesh, en tant que membre de la coalition qui lutte contre l’organisation terroriste en Irak. « Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen - en particulier les méchants et sales Français - (…) tuez-le de n’importe quelle manière », avait ainsi déclaré le porte-parole de l’EI dans un message audio. Et, depuis l’attentat raté dans le Thalys, l’opération « Chammal » a été étendue à la Syrie, les raids aériens français touchant camp d’entraînement, centres de combattants étrangers à Raqqa, ou encore un centre pétrolier.

Dans son communiqué samedi, Daesh accuse d’ailleurs la France d’« avoir pris la tête de la croisade, avoir osé (…) frapper les musulmans en terre de califat avec leurs avions ». Selon un témoin présent lors de l’attaque du Bataclan, les terroristes auraient « clairement » dit : « C’est la faute de Hollande, c’est la faute de votre président, il n’a pas à intervenir en Syrie. »

La France est par ailleurs engagée sur d’autres théâtres extérieurs, notamment au Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Burkina-Faso) avec l’opération Barkhane, où elle combat plusieurs groupes islamistes (Boko Haram, Aqmi…). « L’influence de la France en Europe est aussi à prendre en compte : il y a plus d’effet à s’attaquer à un pays influent », ajoute Antoine Basbous, directeur de l’Observatoire des pays arabes.

Du fait de sa laïcité portée en étendard

« Le communiqué de Daesh mentionne a "capitale des abominations et de la perversion", ajoute Antoine Basbous. La France, dans sa laïcité, son refus de dieu, incarne pour Daesh une nation d’infidèles, donc d’ennemis. » Pour le politologue, « c’est le modèle culturel même de la France -les terroristes ont visé un stade, le Bataclan, des restaurants où on sert de l’alcool- qui est conspué ».

Le spécialiste explique également que les « insultes » au Prophète dont parle le communiqué de Daesh sont bien évidemment une référence aux caricatures de Mahomet publiées dans Charlie Hebdo et d’autres journaux, « mais aussi le soutien de l’opinion publique à Charlie ».

Du fait des recrues françaises au sein de Daesh

« La France est le pays d’Europe qui compte le plus grand nombre de ressortissants au sein de l’EI, rappelle le journaliste David Thomson aux Inrocks. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, plus de 900 Français seraient actuellement impliqués dans le djihad en Syrie et en Irak. Si certains restent combattre au Moyen-Orient, d’autres retournent dans leur pays d’origine pour y commettre des attentats, d’autant qu’au sommet de la hiérarchie de l’organisation terroriste, « on retrouve une dizaine de Français détenteurs de postes importants, dont trois émirs militaires », note encore David Thompson.

« Il est certain que le nombre de recrues françaises joue. D’autant que pour connaître l’agenda des manifestations de vendredi, leur emplacement géographique, il fallait des personnes qui connaissent ces sites et sachent passer incognito dans le tissu français », confirme Antoine Basbous.