Patrouille de soldats à la gare Montparnasse, le samedi 14 novembre 2015, au lendemain des attentats à Paris.
Patrouille de soldats à la gare Montparnasse, le samedi 14 novembre 2015, au lendemain des attentats à Paris. - Kamil Zihnioglu/AP/SIPA

Après les attaques terroristes qui ont frappé Paris vendredi soir, Vincent Desportes, haut gradé de l’armée de terre, répond à 20 Minutes. Ce Saint-Cyrien, auteur du récent livre La Dernière Bataille de France, est particulièrement critique vis-à-vis de la baisse du budget des armées.

Comment réagissez-vous à l’état d’urgence instauré en France ?

Nous sommes en guerre et le président de la République doit prendre les moyens conformes à cet état de guerre. Avec l’état d’urgence, les autorités ont plus de possibilité pour contrôler, assigner à résidence ou encore autoriser des perquisitions à domicile de jour et de nuit. Les Français doivent être conscients qu’avec ces attentats, ils vont devoir sacrifier une partie de leurs libertés individuelles.

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Comment jugez-vous les efforts mis en place après les attentats de Paris ?

Les moyens de sécurité ne sont pas à la hauteur de la menace. Là encore, des sacrifices sont à prévoir pour augmenter ces moyens. On ne peut revenir sur 25 ans de perte dans les armées en un claquement de doigt. La croissance des effectifs est mécaniquement lente et longue.

L’Elysée a annoncé la mobilisation de 1.500 militaires supplémentaires…

Les armées sont aujourd’hui au-delà de ses capacités. Elles ne sont plus ce qu’elles étaient, tant en capacité qu’en volume et c’est un drame. Elles sont surengagées à l’étranger et les matériels sont usés. Les militaires ne s’entraînent plus dans de bonnes conditions. La mobilisation de 1.500 militaires supplémentaires est ainsi un nouveau coup dur pour les armées. Il faudrait donc débloquer des moyens d’urgence pour elles…

Des militaires devraient-ils être rapatriés des opérations extérieures pour assurer la sécurité en France ?

La France ne peut renoncer aux opérations extérieures. Elle doit aller détruire à l’extérieur les sources des menaces intérieures. Le problème est que les armées fonctionnent déjà a minima. Environ 3.500 militaires déployés au Sahel et ce dispositif est déjà en deçà des besoins.

Pensez-vous que les politiques décisionnaires vont mettre le grand braquet ?

Les responsables politiques français doivent changer de politique extérieure et arrêtent de tergiverser avec le groupe terroriste Daesh. Ils doivent sortir d’une position morale. Ce ne sont ni le président syrien Bachar Al-Assad, ni le président russe Vladimir Poutine qui sont les ennemis, mais bien Daesh. C’est Daesh l’ennemi de la France et de la liberté.

Selon vous, comment l’Europe devrait-elle réagir après ces attaques ?

L’Europe doit enfin réagir et se mettre ensemble pour combattre le mal, car c’est dans son intérêt commun. Le problème est qu’aujourd’hui, il y a une divergence des intérêts et des sentiments différents sur l’origine de la menace. Quand les pays du nord de l’Europe pensent que le danger vient de l’est, les pays méditerranéens savent qu’il vient du sud. La France, comme porte-étendard de l’Europe, a été touchée vendredi. Il faut désormais que l’Europe se réveille car la vague de violences ne s’arrêtera pas et elle est liée à la crise des migrants.

Pouvez-vous préciser ?

Il y a un lien direct entre cette vague de violence et la crise des migrants. Les guerres en Syrie et en Irak sont à l’origine de cette vague migratoire et tant que le problème posé par Daesh ne sera pas réglé, cela ne s’arrêtera pas. Ensuite, il est probable que des combattants aient profité du flux migratoire pour atteindre l’Europe et frapper la France.

Pensez-vous qu’après ces attaques, les dirigeants français vont changer de politique sécuritaire ?

Les démocraties doivent être au fond pour changer efficacement. Et je pense que nous sommes arrivés au fond. Il faut que les politiques français aient enfin une stature d’hommes d’Etat et prennent les moyens nécessaires pour assurer cette lutte. Cela se fera évidemment avec des sacrifices. Mais cela doit être fait de manière intelligente, et non pas comme cela a été mené aux Etats-Unis après les attentats de 2001. Les Etats-Unis ont surréagi et ont conduit deux guerres qu’ils ont finalement perdues.

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