Du djihad au proxénétisme: La «déradicalisation» ratée d'«Abou la Saumure»

INFO «20 MINUTES» Radicalisé en prison, puis pris en charge dans une cellule, ce jeune homme est à nouveau incarcéré pour proxénétisme dans une prison où il risque à nouveau de se radicaliser…

William Molinié

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Illustration djihadiste.

Illustration djihadiste. — - YouTube

« Au moins, je suis sûr qu’il n’est pas en Syrie. » La mère de Geoffrey préfère que son fils dorme en prison plutôt que l’imaginer sous les bombes dans les rangs de Daesh. Lundi, c’était la première fois depuis sa condamnation en mai dernier qu’elle le revoyait. A travers un parloir de Fleury-Mérogis (Essonne). « Il a la barbichette. Je pense qu’il s’est à nouveau radicalisé. Mais il me dit “T’inquiète maman, tout va bien se passer” », raconte Liliane, 75 ans, à la sortie de sa visite. Cette mère adoptive a recueilli Geoffrey à l’âge de quatre mois. « Je l’ai baptisé, élevé comme chez nous en Normandie », se défend-elle.

Sauf qu’à l’adolescence, Geoffrey, 24 ans aujourd’hui, se désintéresse de l’école. Absentéisme, échec scolaire, régulièrement convoqué chez les policiers… Le jour de son CAP carreleur, le jeune adulte ne se présente pas à son examen. « Il ne voulait pas, il disait que ça ne servait à rien », poursuit sa mère. D’échecs en déboires, il est incarcéré à la prison de Villepinte (Seine-Saint-Denis) pour des faits de trafic de stupéfiants. C’est derrière les barreaux qu’il se radicalise au contact de salafistes.

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Trois ans ferme pour proxénétisme

« Je l’ai récupéré avec le bouc. Son tapis de prière toujours sous le bras et habillé en djellaba », raconte Liliane. A Pantin, à sa sortie de prison en septembre 2014, il déserte le domicile familial et retrouve ses « mauvaises fréquentations ». Sa mère, dépassée, fait appel à une avocate qui le signale au numéro vert anti-djihad mis en place par le gouvernement. Geoffrey est pris en charge par une cellule de « déradicalisation ». Avec d’autres jeunes revenus de Syrie et leurs parents, ils se retrouvent dans un appartement d’Aulnay-sous-Bois. « J’ai vu le changement. Il avait mis son tapis de prière dans un placard. Il avait à nouveau une petite amie », se souvient sa mère.

Réelle conversion ou technique de dissimulation ? « Je pense qu’il avait réellement mis de côté tout ça. Le problème, c’est qu’il est retombé dans des délits de droit commun. Il a mis des filles sur le trottoir. Il s’est fait prendre et est reparti en prison », raconte une éducatrice qui l’a suivi pendant plusieurs mois. Geoffrey est condamné en mai dernier à trois ans ferme pour… proxénétisme. Ce qui lui vaut aujourd’hui, de la part des proches de ce dossier, le quolibet d’« Abou la Saumure », en référence au proxénète Dodo la Saumure, relaxé dans l’affaire du Carlton.

Manque de soutien à la sortie de la cellule

« S’il est en passe de se radicaliser à nouveau en prison, c’est à cause du manque de moyens à la sortie de sa prise en charge par nos services », estime Sonia Imloul, responsable de la Maison de la prévention et de la famille en Seine-Saint-Denis, structure par laquelle est passé Geoffrey, mais fermée aujourd’hui pour des questions budgétaires. « Personne ne lui a proposé un travail, un accompagnement social… Tout le travail fait avec lui n’a servi à rien », regrette Liliane.

Illustration d’une « déradicalisation » manquée, Geoffrey devrait sortir de prison dans un an et demi. « Dans quel état ? Je ne peux plus payer les avocats », confie sa mère. Cette vieille dame, arrière-grand-mère par ailleurs, dit entretenir toujours un lien fort avec son fils. « Il n’a que moi. Ce qui l’empêche de partir en Syrie, c’est qu’il revient toujours vers moi. Mais je ne vivrai pas éternellement. »