Pierre N’Gahane, secrétaire général du Comité interministériel pour la prévention de la délinquance (CIPD).
Pierre N’Gahane, secrétaire général du Comité interministériel pour la prévention de la délinquance (CIPD). - CIPD

La menace est plus que jamais prise au sérieux. Alors que la France s’est engagée, le 27 septembre, dans une série de bombardements sur les forces de Daesh installées en Syrie, elle redoute toujours la survenue de nouveaux attentats sur son sol. Le ministère de l’Intérieur organise, jeudi, une journée d’étude avec les associations qui œuvrent pour « déradicaliser » les candidats au djihad présents dans l’Hexagone. A cette occasion, Pierre N’Gahane, secrétaire général du Comité interministériel pour la prévention de la délinquance (CIPD) dresse le bilan de l’action de l’Etat pour 20 Minutes.

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Combien de personnes soupçonnées de radicalisation ont-elles été signalées au numéro vert « Stop Djihadisme » depuis sa mise en place en avril 2014 ?

A la fin du mois d’octobre, le numéro vert avait enregistré un peu plus de 3.000 signalements. A ce chiffre, il faut ajouter les appels passés dans les différentes structures mises en place dans chaque préfecture. Il y en a eu 4.000. Au total, nous avons donc enregistré plus de 7.000 signalements de personnes soupçonnées de radicalisation. Il y a bien sûr des signalements « faibles » voire « très faibles ». Mais il y a également des signalements « forts ». Cela montre que notre système de détection fonctionne.

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Quel est le profil des personnes qui sont signalées auprès de ces différentes plateformes ?

Il y a 20 % de personnes mineures, 30 % de femmes environ et 37 % de « convertis ». J’ajoute que le numéro vert a permis d’identifier des situations non connues des services de police et de mobiliser les préfectures. Désormais, chacune d’entre elles dispose de deux structures : une cellule policière et une cellule de suivi. A ce jour, je peux vous dire que 620 familles [dont les enfants sont soupçonnés de radicalisation] sont accompagnées. Pour être complet, 1.213 jeunes ont été repérés et recommandés auprès des associations afin d’être pris en charge.

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Bernard Cazeneuve reçoit justement, au ministère de l’Intérieur ce jeudi, plusieurs associations impliquées dans ce dispositif. Comment se déroule la prise en charge ?

Il y a une pluralité d’approches. Il n’existe pas un dispositif unique. Toutefois, le point commun de tous ces jeunes en voie de radicalisation, c’est qu’ils sont en situation d’échec et à un moment de grande vulnérabilité. Par conséquent, ils cherchent une solution. Certains vont se réfugier dans une addiction, d’autres vont être tentés par les sectes ou la délinquance. Et malheureusement, les derniers vont se laisser séduire par certaines formes de radicalisme. C’est ce que j’appelle le marché aux illusions.

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Mais concrètement, comment faites-vous pour les « déradicaliser » ?

Pour régler le problème, il faut remonter à la source. C’est le processus de déconstruction/reconstruction. Parfois, cela passe par un suivi psychologique ou psychiatrique. Mais le plus important est de pouvoir remettre la personne en perspective. Il faut avoir quelque chose à leur proposer.

L’offre djihadiste est assez consistante pour accrocher un public aussi large qu’un ado en échec en scolaire ou une jeune fille amoureuse… Qu’est ce qui pousse une jeune fille de 16 ans du Gers ou de la Lozère à décider de partir en Raqqa en Syrie en l’espace de trois mois ? C’est à cette question que nous devons répondre pour résoudre le problème.

La ville de Raqqa est considérée comme le fief des djihadistes de Daesh en Syrie - Google

En Seine-Saint-Denis, l’une des associations a fermé ses portes cet été en raison de gros soucis internes. N’est-ce pas difficile de travailler avec des structures très différentes sur ce sujet ?

On privilégie les associations professionnelles. On forme les gens, on analyse mais nous n’avons pas assez de recul. Sur certaines choses, je dois reconnaître que nous n’avons pas été assez vigilants. Nous avons eu quelques problèmes d’ajustement. Mais je ne suis pas pessimiste. Nous progressons. Aujourd’hui, 60 % des structures en région sont totalement opérationnelles. 40 % ont encore une marge de progrès.

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Le 27 septembre, la France a commencé à bombarder Daesh directement sur le sol syrien. Cela change-t-il quelque chose à votre travail ?

Je le disais, je suis optimiste. Et je suis persuadé que nous allons finir par régler ce conflit comme d’autres conflits ont été réglés dans le passé. Mais, même si la guerre s’arrête en Syrie, nos jeunes seront toujours là chez nous. C’est à ceux-là qu’il faut penser. Pour leur avenir et le nôtre.

L’armée de l’air a diffusé la vidéo de frappes en Syrie, le 9 octobre 2015

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