Don du sang et homosexuels: Des strictes conditions qui passent mal

SOCIETE Le don du sang va s'ouvrir en 2016 aux hommes homosexuels ayant observé une abstinence sexuelle de plusieurs mois...

Anissa Boumediene

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Le don du sang permet de soigner chaque année 1 million de malades.

Le don du sang permet de soigner chaque année 1 million de malades. — ISOPIX/SIPA

Elle est « fière et heureuse de lever enfin l’exclusion du don du sang des homosexuels » et de signer « la fin d’une discrimination et d’un tabou ». Ce mercredi, la ministre de la Santé Marisol Touraine a, conformément aux engagements de campagne de François Hollande, annoncé pour le printemps 2016 la fin de l’interdiction totale faite aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes de donner leur sang. Un changement qui, a précisé la ministre, se fera « par étapes », dans « le respect absolu de la sécurité des patients ». Et à plusieurs conditions, qui ne sont pas au goût des associations de défense des homosexuels.

21.000 donneurs supplémentaires

« Je salue le courage de Marisol Touraine, c’est la seule ministre de la Santé à s’être attaquée à ce tabou », se félicite Jean-Luc Romero (PS), président de l’association Elus locaux contre le sida. Cette exclusion des homosexuels avait été instituée en 1983 en raison des risques du sida.

Conséquence de sa levée : 21.000 donneurs supplémentaires, soit 37.000 dons en plus par an. « C’est une avancée, seul 4 % de la population donne son sang », précise le Dr Bruno Danic, directeur adjoint de l’Etablissement français du sang (EFS) en Bretagne. « Ce n’est pas négligeable », insiste Frédéric Pecharman, membre du collectif Homodonneur, qui rappelle que « chaque bras compte pour sauver des vies ».

Des conditions qui passent mal

Mais les conditions de cette levée d’interdiction passent mal. « Je ne suis pas d’accord avec cette abstinence sexuelle d’un an imposée aux donneurs gays. Comment les choses vont-elles se passer en pratique, on va ficher les gays et leur dire "revenez dans un an" ? », s’interroge Jean-Luc Romero, déplorant que « le don du sang reste discriminatoire ».

« Cette annonce n’est pas une victoire, elle est insultante et discriminatoire, abonde Frédéric Pecharman. Un homme, au seul prétexte qu’il est gay, doit attendre un an après son dernier rapport sexuel pour pouvoir donner son sang ! C’est une mesure inhumaine qui revient à vouloir mettre une ceinture de chasteté aux donneurs gays », s’insurge-t-il.

Déni de confiance

« J’aurais préféré que la France s’aligne sur l’Italie et l’Espagne, dont le modèle a fait ses preuves. Là-bas, le don du sang est ouvert à toutes les personnes, quelle que soit leur orientation sexuelle, qui n’ont pas eu de conduites à risques depuis respectivement 4 et 6 mois », explique l’élu. « La prévalence du sida est plus forte dans la communauté gay, reconnaît-il, mais il y a des pratiques à risques aussi parmi les hétéros. Ce sont des comportements qui sont risqués, pas des personnes ». Frédéric Pecharman, lui, dénonce « une mesure qui refuse de se baser sur la confiance faite au donneur ».

« Ce délai d’un an va permettre d’avoir du recul scientifique sur cette levée d’interdiction et d’en mesurer les résultats et risques éventuels : ce n’est qu’une première étape », temporise le Dr Bruno Danic, rappelant que le délai de 4 mois appliqué au don de plasma est « le même pour tout le monde ». Il s’agit de « rassurer les malades et tout faire pour assurer la sécurité transfusionnelle, confie-t-il. Mais l’objectif est de réduire les délais et d’appliquer les mêmes conditions à tous les donneurs, indifféremment de leur orientation sexuelle ».

Ainsi, dès 2017, les règles du don pour les hommes homosexuels se rapprocheront de celles appliquées aux autres donneurs, selon le ministère.