Qui peut sauver les cabines téléphoniques?

TELECOMS Les opposants à la suppression totale des cabines n’ont pas renoncé à faire plier le gouvernement...

Nicolas Beunaiche

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Une cabine téléphonique à Noailles, le 20 octobre 2015.

Une cabine téléphonique à Noailles, le 20 octobre 2015. — ERIC CABANIS / AFP

Elles n’ont plus que deux ans à vivre. Abandonnées par les Français et trop chères à entretenir, les quelque 40.000 cabines téléphoniques que compte la France devraient être mises à la retraite d’ici à fin 2017. En contrepartie, sur cette même période, l’ensemble du territoire devrait être couvert par le réseau mobile, prévoit la loi Macron. Une évolution logique. Mais y gagne-t-on vraiment sur toute la ligne ?

L’association Perdons pas le fil ne le croit pas. Mobilisée depuis des mois, elle milite pour le maintien d’un « réseau de points d’accès public au service téléphonique ». Une nécessité pour sa présidente, Anne-Laure Mager, qui en fait d’abord un enjeu de sécurité. « En cas de coupure électrique, en raison d’une panne, d’un accident, d’intempéries ou même d’un attentat, seul le réseau filaire fonctionne, rappelle-t-elle. Votre mobile, le téléphone sans fil de votre maison ou le téléphone branché sur votre box Internet ne vous serviront à rien pour passer un appel d’urgence… »

Un démontage coûteux

Pour Anne-Laure Mager, ce combat pourrait en outre profiter aux personnes souffrant, comme elle, d’hypersensibilité aux ondes électromagnétiques émises par le wifi et les téléphones portables. « Il n’est même pas besoin de créer des infrastructures, il suffit de ne pas en supprimer », avance-t-elle. Alors que l’électrosensibilité a été reconnue pour la première fois, en août, comme un handicap par la justice, « je ne comprendrais pas que le gouvernement maintienne cette discrimination », prévient-elle.

Depuis des mois, Bercy justifie sa décision par une logique technique – le mobile apporte « un service largement enrichi par rapport aux cabines », a expliqué Emmanuel Macron- mais aussi et surtout économique. Alors qu’une cabine est utilisée en moyenne une minute par jour, son entretien a coûté, lui, huit millions d’euros à Orange en 2015. Seulement, Anne-Laure Mager a également fait ses comptes : « Le démontage d’une cabine va coûter entre 1.500 et 3.500 euros, alors que son entretien en coûte 160 à 190 par an », peste-t-elle.

Reçue par Axelle Lemaire ce vendredi

Dans son combat, la présidente de Perdons pas le fil se sait soutenue. Depuis des mois, des maires et des parlementaires font régulièrement remonter la colère de leurs administrés. C’est notamment le cas du député André Chassaigne, qui a mis en garde Emmanuel Macron, début octobre, contre le risque de voir certains Français privés de tout accès à la téléphonie. Une manière de dire qu’il serait peut-être souhaitable de conserver certaines cabines dans des villes où elles sont très utilisées ainsi que dans les zones où les relais sont insuffisants, défectueux ou saturés.

Sur la plateforme en ligne créée par le gouvernement pour récolter les idées des citoyens sur le projet de loi numérique, la proposition de Perdons pas le fil de maintenir un nombre minimum de cabines a par ailleurs été soutenue par plus de 800 citoyens, pour un taux d’approbation de 98 %. Des chiffres « supérieurs » à certains articles écrits par le gouvernement lui-même, se félicite Anne-Laure Mager. Résultat : la militante sera reçue vendredi par le cabinet d’Axelle Lemaire, la secrétaire d’Etat au Numérique, qui s’est engagée à recevoir les auteurs des propositions les plus populaires.

L’occasion pour elle d’aborder un sujet « qui n’a pas été traité à l’Assemblée nationale », en raison du passage en force de Manuel Valls au moment du vote de la loi Macron. Trouvera-t-elle à Bercy des débatteurs motivés ? Contacté, un conseiller d’Axelle Lemaire concède que la marge de manœuvre est réduite, compte tenu du fait que la loi a été votée et promulguée. Mais il assure tout de même que « la proposition sera examinée, comme les autres ». Dans le contexte, c’est déjà ça.