Audrey Kermalvezen, auteur de «Mes origines: Une affaire d'Etat» (Max Milo).
Audrey Kermalvezen, auteur de «Mes origines: Une affaire d'Etat» (Max Milo). - Christophe Guinel

Ils se sont rencontrés à une réunion associative de personnes nées d’un don de sperme. Au début, Audrey a trouvé Arthur un peu « frimeur ». Mais finalement, la jeune fille a fini par se laisser séduire. Ils se marièrent. Et ils aimeraient bien avoir beaucoup d’enfants.

>> A lire : Une levée de l’anonymat qui divise

Sauf que, issus tous deux d’un don de gamètes, les deux jeunes gens ignorent l’identité de leur géniteur. « Si ça se trouve, nous avons le même père, confie Audrey. La probabilité est infime mais, si nous avons des enfants, il y a un risque de consanguinité… »

Couleur des yeux et antécédents médicaux

Avocate de formation, la jeune femme de 35 ans va donc demander, ce mercredi au Conseil d’Etat, la levée partielle de l’anonymat sur ses origines après avoir été déboutée par le tribunal administratif en 2012, puis la cour d’appel administrative en 2013. « L’anonymat du donneur est inscrit dans la loi française, reconnaît-elle. Mais je ne demande que des informations qui ne permettent pas de l’identifier ! »

Lire son interview : « Les banques de sperme ne respectent pas la loi »

Couleur des yeux, des cheveux, taille, poids, antécédents médicaux, Audrey Kermalvezen* réclame donc surtout le droit de savoir si son père biologique est le même que celui de son compagnon. Et s’il est à l’origine d’autres dons « pour savoir si [elle] a des demi-frères et demi-sœurs dans la nature… »

Un système fermé « à double tour », selon son avocat

Rien qui ne permette de mettre un nom sur celui qui lui a donné la vie. La jeune femme sait bien que le Conseil d’Etat a déjà refusé une demande aussi précise le 13 juin 2013. Elle tourne donc autour du pot dans sa quête d’identité.

Eclairage : L’Académie de médecine opposée à la levée de l’anonymat

« La loi bioéthique est très stricte là-dessus, admet Julien Occhipinti, son avocat. Mais surtout, il n’y a aucun mécanisme qui permet de demander au donneur s’il serait, ou non, d’accord pour révéler son identité. C’est ce qui s’appelle une fermeture à double tour. »

Entre 50.000 et 70.000 enfants nés grâce à un don

« J’aimerais juste qu’on lui pose la question, renchérit la requérante. S’il refuse de se dévoiler, je respecterai sa décision. J’ai 35 ans. Je ne demande pas d’héritage. J’ai juste envie de savoir qui il est, d’où je viens… »

Bien qu’aucun chiffre officiel ne soit disponible, on estime généralement qu’entre 50.000 et 70.000 enfants sont nés grâce à un don du sperme en France depuis la mise en place des premières banques de sperme en 1973. Le Conseil d’Etat devrait rendre sa décision dans les deux à trois prochaines semaines. En cas de rejet de sa demande, Audrey Kermalvezen a déjà prévu de saisir la Cour européenne des droits de l’homme.

* Il s'agit d'un pseudonyme.

Mots-clés :