Les choix alimentaires des enfants sont souvent influencés par la publicité.
Les choix alimentaires des enfants sont souvent influencés par la publicité. - PURESTOCK/SIPA

Selon le CSA, les enfants de 4 à 10 ans passent plus de deux heures par jour devant la télévision et 10 % de leur temps de visionnage est consacré à la publicité. Un problème selon le sénateur EELV (Europe Ecologie Les Verts) des Hauts-de-Seine, André Gattolin qui a déposé une proposition de loi pour supprimer toute publicité à des fins commerciales dans les programmes jeunesse de France Télévisions. Le texte sera examiné à partir de mercredi au Sénat.

Pour justifier sa démarche, le sénateur souligne tout d’abord les effets négatifs de la publicité sur la santé des enfants. « De nombreux spots publicitaires concernent des aliments trop sucrés et trop salés, ce qui peut influencer les choix alimentaires des enfants, leur faisant prendre le risque de développer un goût prononcé pour la malbouffe », souligne-t-il.

L’enfant est un prescripteur d’achats

Un avis partagé par le psychiatre et psychanalyste, Serge Tisseron : « Si un enfant regarde une pub vantant le goût d’une barre chocolatée, il va se précipiter sur ce produit, s’il est dans le placard de la cuisine. Et s’il n’y est pas, comme l’enfant est un prescripteur d’achats auprès de ses parents, il va les convaincre d’acheter cette barre chocolatée. Or, ce grignotage est l’un des facteurs de l’augmentation de l’indice de masse corporelle des enfants dans notre pays », explique-t-il.

De plus, comme le souligne André Gattolin « la France est le deuxième pays d’Europe où l’argent de poche est le plus important. Les enfants agissent donc aussi comme des consommateurs, qui achètent les produits apparus comme appétissantes dans la publicité », observe-t-il.

Des effets psychologiques sur l’enfant

Mais ce n’est pas tout : la publicité affecte aussi le rapport au réel des enfants. Les marques utilisent souvent des chansons joyeuses, beaucoup de couleurs et des messages faciles à retenir par les enfants. « Or, avant 7 ans, un enfant reçoit un programme publicitaire comme une vraie information », indique Serge Tisseron.

Les enfants étant souvent seuls devant le petit écran, ils ne peuvent pas bénéficier de l’esprit critique de leurs parents et se font manipuler par certaines marques. Cette absence de filtre les conduit aussi parfois à adhérer au message de la publicité, dévalorisant les parents. « Certains spots font passer les parents pour des attardés et les enfants comme les membres les mieux informés ou les plus à la mode de la famille. Du coup, cela renverse les rôles, ce qui est troublant pour l’enfant », analyse Serge Tisseron.

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L’excès de publicité a aussi un autre effet pervers : il instille aux enfants le virus de la surconsommation : « L’enfant n’ayant pas compris que le produit que la publicité lui vantait n’était pas le meilleur, il a tendance à faire des caprices au supermarché pour se le faire acheter. Et les parents, gênés par cette scène, cèdent souvent », note Serge Tisseron. Avec le risque que leur enfant devienne de plus en plus capricieux.

Quand ils ne cèdent pas, les parents ne prennent pas toujours le temps d’expliquer à l’enfant que les qualités du produit en question sont contestables, « l’enfant peut ainsi avoir l’impression d’en être privé de manière arbitraire », ajoute le psychiatre.

La stratégie de la frustration

Lorsqu’elles promeuvent leurs dernières nouveautés à la télévision, les marques mettent aussi parfois en œuvre la stratégie de la rareté. Un jouet est par exemple produit en nombre limité au moment de Noël pour pousser les parents à l’acheter en janvier. « S’ils ne le font pas, l’enfant est frustré, ce qui crée des tensions familiales », souligne André Gattolin.

Conscients de tous ces méfaits de la publicité sur les enfants, plusieurs pays comme le Royaume-Uni, la Suède, la Belgique ou l’Irlande l’ont déjà interdite ou limitée dans les programmes jeunesse. Reste à savoir si la France leur emboîtera le pas…

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