Najat Vallaud-Belkacem, le 09/09/2015.
Najat Vallaud-Belkacem, le 09/09/2015. - Credit:NIVIERE/SIPA/

C’est la Code Week jusqu’au 18 octobre partout en France. L’occasion pour la ministre de l’Education de faire le point sur le déploiement du plan numérique annoncé il y a un an par le Président de la Republique.

Quel est l’intérêt d’initier les élèves à la programmation ?

En apprenant à programmer, ils atteignent une véritable maîtrise de l’ordinateur. Coder, c’est aussi acquérir plus de rigueur dans la construction de la pensée. Car une ligne de code n’a de sens que par rapport à ce que l’on veut en faire. Le codage donne ainsi des bases de logique utiles dans bien d’autres disciplines.

Le coding sera enseigné aux collégiens en 2016, mais les professeurs seront-ils suffisamment formés en amont ?

Oui, car les 177.000 enseignants du collège bénéficieront de trois jours de formation sur le numérique au cours de l’année 2015-2016. Ce sont 24 millions d’euros qui seront consacrés à leur formation. Des ressources pédagogiques sont déjà mises à leur disposition pour les aider à intégrer le numérique dans leur pédagogie et elles seront encore développées cette année. Car le plan numérique pour l’école n’a de sens que si les enseignants s’en emparent.

Ne faudrait-il pas créer un Capes et une agrégation d’informatique pour avoir de vrais experts du sujet ?

Cela reviendrait à créer une discipline à part entière. Or, le numérique traverse toutes les disciplines et nous voulons que tous les enseignants puissent l’utiliser dans leurs cours. Un enseignant d’anglais doit pouvoir se servir d’un laboratoire numérique de langues. Et un professeur de musique doit avoir la possibilité d’initier ses élèves au piano sur tablette.

En quoi consistera l’épreuve de programmation au brevet ?

Il s’agira d’un exercice d’algorithmique, qui n’aura pas forcément lieu sur ordinateur, car l’on peut très bien coder sur papier.

Où en est le développement des collèges connectés ?

A cette rentrée, 600 collèges pilotes ont bénéficié de dotations spécifiques du ministère pour s’équiper et intégrer davantage le numérique dans les enseignements. Et nos objectifs sont ambitieux : à la rentrée 2016, 40 % des collèges seront connectés, en 2017, ce sera le cas de 70 % et en 2018, 100 % le seront.

Mais actuellement, on a le sentiment de collèges à deux vitesses dans ce domaine…

Les collèges connectés ont répondu à un appel à projets, car ils étaient très motivés sur le sujet. Les autres pourront se saisir d’un nouvel appel à projets fin 2015 pour obtenir davantage de moyens afin d’intégrer le numérique aux enseignements. Et en 2018, tous les collèges seront équipés.

Dans beaucoup d’écoles primaires, le numérique semble encore peu utilisé. Comment remédier à cela ?

Les nouveaux programmes qui entreront en vigueur à la rentrée 2016 ont été l’occasion d’y inscrire le numérique pour les élèves de primaire, qui bénéficieront systématiquement de séances pour apprendre à taper sur un clavier, lire sur écran, effectuer une recherche sur le web… Les cours d’éducation morale et civique qui ont vu le jour à cette rentrée pour les élèves du CP jusqu’à la terminale sont aussi l’occasion d’enseigner aux élèves la manière de bien se comporter sur les réseaux sociaux, de préserver leur confidentialité sur le web, de repérer les sites complotistes… Enfin, des premières initiations au codage ont déjà démarré à cette rentrée sur le temps périscolaire dans les écoles et se développeront encore.

Seulement 20 % des enseignants du primaire utilisent un manuel numérique. Comment combler ce retard ?

Les 35.000 postes que nous avons recréés dans l’Education nationale depuis 2012 nous ont permis de recruter des jeunes enseignants, souvent plus connectés que leurs aînés et qui seront susceptibles d’utiliser plus massivement les manuels numériques. L’évolution se fera aussi quand toutes les écoles primaires seront équipées d’un tableau interactif.

Et qu’en est-il du lycée ?

À partir de l’an prochain, il y aura, dès la classe de seconde, des cours d’informatique avec un enseignement d’exploration. Et la spécialité Informatique et Science du numérique, jusqu’à présent réservée à la filière S, sera étendue aux terminales L et ES, avec une option possible dès la classe de première.

Selon une étude de l’OCDE, le numérique n’est pas la solution miracle pour faire réussir les élèves. Comment faire qu’il le devienne ?

Je ne crois pas aux vertus magiques du numérique. Je ne crois qu’à la capacité des enseignants d’utiliser cet outil intelligemment pour faire progresser les élèves. Par exemple, en leur proposant une pédagogie différenciée en fonction de leur niveau. En faisant un exercice sur tablette, un élève peut aller à son rythme : se tromper et recommencer jusqu’à trouver la solution. Avec le numérique, il a une perception différente de l’erreur. Par ailleurs, nous avons lancé un appel à projets pour faire avancer la recherche sur les impacts du numérique sur les apprentissages. Le but étant que les initiatives les plus efficaces essaiment ensuite.

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