A Cannes, le 5 octobre 2015, deux jours après les inondations qui ont frappé les environs.
A Cannes, le 5 octobre 2015, deux jours après les inondations qui ont frappé les environs. - Lionel Cironneau/AP/SIPA

Après les inondations de la nuit de samedi à dimanche, le questionnement s’est mêlé au recueillement ce lundi dans le Sud-Est, endeuillé par la mort de 20 personnes. Outre les alertes de Météo France et la frénésie immobilière, la réaction de certains habitants des villes sinistrées a ainsi été pointée du doigt.

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David Lisnard, le maire de Cannes, a lancé le débat dès dimanche en évoquant, lors d’une conférence de presse, des victimes « pas toujours disciplinées ». « Je ne porte pas de jugement […] mais en toute hypothèse, on a eu des personnes qui semblaient très attachées à leurs véhicules là où il fallait préserver des vies », a-t-il avancé.

« Une méconnaissance » des mesures de précaution

Chloé Garry, cadre opérationnel de la protection civile des Alpes-Maritimes, estime pour sa part que « les populations ont dans l’ensemble bien réagi », notamment en rejoignant les hébergements d’urgence prévus en cas d’inondations. « Le bon jugement des habitants a permis de limiter le bilan humain », assure-t-elle. Mais elle reconnaît également que dans la « panique », « certaines mauvaises décisions ont été prises ».

Quelques heures après la tragédie, Patrice Dallem, directeur de l’urgence et du secourisme à la Croix-Rouge, s’en désole encore. « Je peux comprendre la mort de gens surpris dans leur mobile-home ou celle de personnes âgées piégées par la montée des eaux, moins celle de ceux qui ont tenté de sauver leur voiture ou d’emprunter une route partiellement inondée, explique-t-il. Leur comportement démontre une méconnaissance totale de la puissance du courant et des mesures de précaution à prendre face à ce type d’événement. »

L’exemple de Sommières

Alors que la France est deux fois plus touchée que les autres pays européens par les catastrophes naturelles, Patrice Dallem reste sidéré par le manque de formation des Français. « Des gens mieux préparés arriveraient à mieux s’en sortir. Certes, on ne peut pas éviter une catastrophe naturelle, mais on peut l’affronter au lieu de la subir », professe-t-il.

L’exemple à suivre, selon lui : le village de Sommières, dans le Gard. « Chaque année, il est inondé et les gens le savent, explique-t-il. Du coup, ils ont pris l’habitude de surélever leurs machines électriques sur des parpaings, ont mis du carrelage dans les maisons et installé les prises électriques à hauteur raisonnable. » Il ne leur reste ensuite, une fois le calme revenu, qu’à évacuer l’eau.

Une formation obligatoire ?

Certes, mais comment faire de Sommières un modèle du genre ? Aujourd’hui, les acteurs associatifs se disent bien seuls pour prêcher la bonne parole. De fait, ce sont surtout la Croix-Rouge, la protection civile et les sapeurs-pompiers qui forment les citoyens aux gestes de premier secours et aux comportements à adopter en cas de catastrophe naturelle. Même si depuis 2004, l’Education nationale sensibilise les collégiens et lycéens à la prévention des risques, leur enseigne les règles générales de sécurité et les forme aux premiers secours.

« Il faudrait désormais former aussi les adultes », assure Patrice Dallem, qui cite les assureurs dans la liste des acteurs qui ont un rôle à jouer. Si certains financent parfois des actions de formation, ils se contentent surtout pour le moment d’informer leurs clients de catastrophes à venir. Ainsi Allianz a-t-il envoyé samedi à ses assurés du Var, des Bouches-du-Rhône et des Alpes-Maritimes un mail contenant des conseils de base, indique Franck Le Vallois, directeur de l’indemnisation de la compagnie.

A l’avenir, il leur faudra s’engager davantage, prévient Patrice Dallem, qui prône « l’union sacrée ». A défaut d’une formation obligatoire – « difficile à mettre en place », selon Chloé Garry-, le cadre de la Croix-Rouge invite les acteurs à communiquer massivement. Avec la protection civile et la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, la Croix-Rouge fait d’ores et déjà campagne pour que les accidents de la vie courante (chutes, brûlures, noyade dans la vie de tous les jours…) soient choisis comme grande cause nationale en 2016. « Le sujet peut sembler différent, mais je fais le pari qu’il préparerait à affronter des événements exceptionnels », espère Patrice Dallem.

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