Capture d'image d'une vidéo de propagande diffusée par Al-Furqan Media le 5 juillet 2014 montrant le chef du groupe Etat Islamique, Abou Bakr al-Bagdadi, s'adressant à ses fidèles dans une mosquée de Mossul, en Irak
Capture d'image d'une vidéo de propagande diffusée par Al-Furqan Media le 5 juillet 2014 montrant le chef du groupe Etat Islamique, Abou Bakr al-Bagdadi, s'adressant à ses fidèles dans une mosquée de Mossul, en Irak - Al-Furqan Media

« La France est l’ennemi numéro un de l’[organisation] Etat islamique (EI) ». Marc Trévidic dresse un constat alarmiste de la menace terroriste en France dans Paris Match. L’ancien juge anti-terroriste estime que l’organisation prépare « des actions d’envergure » en France, « comme celles menées par Al-Qaïda, qui se sont soldées parfois par des carnages effroyables ». Il ajoute :

« Il reste "le prix ­Goncourt du terrorisme" à atteindre, et je fais là référence aux attentats du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade Center. Je n’imagine pas un instant qu’un homme tel qu’Abou Bakr ­al-Baghdadi et son armée vont se satisfaire longtemps d’opérations extérieures de peu d’envergure. Ils sont en train de penser à quelque chose de bien plus large, visant en tout premier lieu l’Hexagone ».

« Certains djihadistes aguerris reviendront sur le territoire national »

« Jusqu’à présent, l’organisation encourageait des sympathisants pour réaliser des attentats en lançant des appels réguliers, notamment via leur porte-parole. Les terroristes étaient alors essentiellement des individus ou des groupuscules imprévisibles qui agissaient depuis leur pays d’origine », assure Jean-Charles Brisard, qui a signé une tribune avec Marc Trévidic sur le djihadisme numérique en avril dernier. Le président du Centre d’analyse du terrorisme estime que la stratégie de l’organisation EI est en train d’évoluer.

Un commando de dix « Merah » autonomes démantelé l’année dernière, révèle le juge Trévidic

« Il y a aujourd’hui 500 Français qui combattent sur le territoire irako-syrien. A moyen terme, certains djihadistes aguerris reviendront sur le territoire national pour faire des attentats plus élaborés », précise-t-il. Mark Trévidic explique ainsi dans Paris Match avoir fait neutraliser l’an passé un « réseau de djihadistes très dangereux qui voulait créer un commando de dix "Merah" autonomes, opérant simultanément sur l’ensemble du territoire ».

Lutte de pouvoir pour le leadership du djihad

« Le 11-Septembre a été un moment de paroxysme pour le terrorisme. Il est évident que l’EI et Al-Qaida souhaitent réussir des attentats de cette ampleur médiatique pour remporter la lutte de pouvoir du leadership du djihad mondial », poursuit Jean-Charles Brisard. « Mais l’[organisation] EI possède des capacités logistiques, matérielles et financières plus importantes qu’aucune autre organisation passée. Cette menace se dessine, on l’observe à travers les individus qui reviennent ou sur les réseaux sociaux ».

Portrait-robot du prochain attentat terroriste en France

Ce changement de stratégie est nuancé par Alain Rodier, directeur de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement (CFRS). « Je ne crois pas que l’[organisation] EI ait la capacité opérationnelle d’organiser de tels attentats aujourd’hui. Jusque maintenant, ils se content de lancer des appels aux meurtres en activant les "bonnes volontés" sur place ».

« Consolider le califat » est la priorité de l'organisation EI

« La différence entre les deux mouvements, c’est qu’Al-Quaïda a des activistes plus professionnels, capables de commettre des actions aux Etats-Unis et en Europe. Pour mémoire, les frères Kouachi avaient été entraînés par Aqmi », développe-t-il.

Contrairement à Al-Qaida, l’attentat ne serait d’ailleurs pas une des priorités de Daesh. « L’[organisation] Etat islamique veut surtout consolider le territoire du califat en Syrie et en Irak. Leurs discours appellent les djihadistes à rejoindre le pays, ils ont besoin de combattants sur place. Il n’y a pas d’envois à l’extérieur à l’exception de quelques instructeurs en Libye ou au Nigéria », poursuit Alain Rodier, qui reste prudent. « La concurrence médiatique entre les deux mouvements me fait craindre l’avenir. L’[organisation] EI ne progresse plus sur le territoire irako-syrien et pourrait lancer une opération médiatique pour revenir sur le devant de la scène. Plus ils s’affaibliront, plus le risque d’attentat sera élevé ».

Mots-clés :