Journée internationale de la bisexualité: «Nous donner de la visibilité pour effacer la honte»

ORIENTATION SEXUELLE Les bisexuels souffrent d'être incompris ou caricaturés…

Helene Sergent

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Le 27 juin dernier lors de la Gay Pride à Paris qui rassemblent hétérosexuels, homosexuels, lesbiennes, bisexuels, trans.

Le 27 juin dernier lors de la Gay Pride à Paris qui rassemblent hétérosexuels, homosexuels, lesbiennes, bisexuels, trans. — MARTIN BUREAU / AFP

« Quand j’ai annoncé à ma grand-mère que j’étais bisexuel, elle m’a demandé si ça signifiait que j’allais avoir à la fois une petite copine et un petit copain », se souvient en riant Alexandre Antolin, militant chez SOS homophobie et corédacteur de la première enquête nationale sur la bisexualité. Témoins de l’incompréhension suscitée par leur orientation sexuelle, les bisexuels doivent également faire face à de nombreux clichés. « Polygames », « infidèles », « volages », ces jugements sont parfois vécus comme une véritable souffrance pour celles et ceux qui éprouvent de l’attirance pour les hommes comme pour les femmes.

« Un racisme anti-bi »

Pour Lucie, étudiante de 25 ans et bisexuelle, le rejet le plus violent s’est exprimé au gré de ses rencontres lesbiennes : « Quand je vais dans un bar 100 % lesbien et que j’annonce que je suis bi, je sens que ça suscite un certain dégoût, comme un racisme anti-bi. » Une réaction loin d’être isolée selon Vincent Strobel, président de Bi’Cause, l’unique association française dédiée à la communauté bi : « Lors de notre enquête, on a pu constater des commentaires en ce sens exprimés par des homosexuels qui considèrent qu’être bisexuel revient à ne pas vouloir choisir son "camp". »

Mais les femmes et les hommes bisexuels soulèvent des clichés bien distincts : les femmes bi seraient frivoles, et leurs homologues masculins, des homosexuels qui ne s’assument pas. « Quand j’annonce à un garçon que je suis bi, immédiatement, je vais avoir droit à la proposition d’un plan à trois. Comme si le fait d’aimer les hommes et les femmes faisait de moi quelqu’un de plus ouvert, de plus dévergondée », raconte Lucie. Une expérience que confirme Léa, coprésidente du MAG Jeunes LGBT : « Le porno et les films X y sont probablement pour beaucoup, d’autant que ce cliché relève du fantasme pour de nombreux garçons. » Reconnaître la bisexualité comme orientation sexuelle à part entière, c’est là tout l’enjeu de cette journée internationale.

 

« Annuler la honte »

A 54 ans, François Soulabaille, trésorier de l’association Bi’Cause, a vécu plus d’une vingtaine d’années avec une femme avant de vivre pleinement sa bisexualité. Pour lui, la question de la visibilité des bisexuels est fondamentale : « En France et en Europe, peu de personnalités revendiquent cette orientation sexuelle. Le dire, en parler, l’expliquer, ça peut permettre d’annuler la honte que beaucoup de bisexuels ressentent et qui les pousse à vivre cachés. »

Dissimulée, la bisexualité se vit alors dans la souffrance. Une souffrance bien souvent sous-estimée, selon Léa : « Certains nous disent que c’est à la mode, que c’est cool d’être bisexuel. Mais en réalité, on subit à la fois l’homophobie de quelques hétérosexuels et la bi-phobie de certains homosexuels. Aucune étude sérieuse n’existe en France mais aux Etats-Unis, il a été prouvé que les bisexuels, au même titre que les homosexuels, sont plus exposés à des pensées et des envies suicidaires. »

Ce mercredi, et pour la première fois en France, une marche est organisée à Paris pour « comprendre et défendre la bisexualité ».

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