Illustration: allaitement maternel.
Illustration: allaitement maternel. - ALFREDO ESTRELLA / AFP

S’il a de nouveau la cote en France, l’allaitement est pratiqué sur une durée parmi les moins longues d’Europe, selon l'étude Elfe* sur la durée de l’allaitement publiée ce mardi dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH). Alors que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande l’allaitement exclusif — où le bébé n’est nourri qu’au sein de sa mère — jusqu’à six mois, sa durée médiane en France n’est que de 7 semaines. Selon les chercheurs, la durée du congé maternité, la culture des parents ou encore l’implication du père ont une influence directe sur le temps dévolu à l’allaitement maternel.

La durée du congé maternité en cause

« Aujourd’hui, 70 % des femmes allaitent leur bébé à la naissance, contre 30 % il y a quarante ans. Mais lorsque le bébé a un mois, le chiffre chute à 53,8 %. Et à six mois, les mères ne sont plus que 19,2 % à allaiter, contre 50 % en Allemagne et 80 % en Norvège », détaille Sandra Wagner, chercheuse à l’Inserm et auteur de l’étude. L’une des causes de ce phénomène : la durée du congé maternité.

« Dans les pays nordiques, la durée de l’allaitement est plus longue parce que celle du congé maternité l’est aussi », relève la chercheuse, qui indique que « la reprise du travail peut être un frein à l’allaitement ». D’ailleurs, l’étude relève que les mères en congé parental allaitent plus longtemps. « Beaucoup de mères anticipent la reprise du travail et préfèrent sevrer leur bébé plus tôt ou donner un allaitement mixte alliant sein et biberon », abonde Deborah Schouhmann-Antonio, thérapeute en périnatalité. « Toutes n’ont pas la possibilité de tirer leur lait sur leur lieu de travail, poursuit-elle. Sans compter que l’allaitement fatigue : la mère est alors la seule source d’alimentation de son bébé ».

L’influence du père

L’étude pointe aussi l’influence du père. « Sa présence à l’accouchement est associée à un allaitement plus long », a constaté Sandra Wagner. « Les pères d’aujourd’hui ont changé, ils ont davantage envie de s’investir dans leur parentalité, de s’occuper de leur bébé, précise Deborah Schouhmann-Antonio. Si un homme est convaincu des vertus de l’allaitement, c’est un encouragement pour la mère, qui le fera plus longtemps. S’il y est opposé, l’inverse se produira ».

Des positions qui sont aussi le fruit d’une influence culturelle. Les parents issus de milieux ou de pays où l’allaitement est très répandu le pratiqueront plus naturellement. « Lorsqu’un des deux parents est né à l’étranger, la mère allaite plus longtemps », confirme Sandra Wagner.

Un manque d’information

La durée de l’allaitement est aussi impactée par un manque d’information sur cette pratique. « Les mères sont souvent angoissées et s’interrogent, elles craignent d’avoir mal et ne sont pas suffisamment bien informées durant leur grossesse », déplore Deborah Schouhmann-Antonio, qui préconise aussi « un accompagnement des mères après la naissance ».

« Les mères de moins de 30 ans et celles qui ont fait peu d’études allaitent moins longtemps, peut-être aussi parce qu’elles ne sont pas assez informées sur les vertus de leur lait pour leur bébé », avance Sandra Wagner. « C’est vrai, l’allaitement est recommandé pour la santé du bébé, c’est scientifiquement admis. Mais certaines mères ne veulent pas, ou ne peuvent pas allaiter, et ressentent une énorme pression de leur environnement, tempère la thérapeute. Mon travail consiste aussi à déculpabiliser ces mamans : il vaut mieux un bon biberon qu’un mauvais allaitement ».

* L’étude Elfe suit plus de 18 000 enfants nés en 2011 dans 320 maternités françaises sélectionnées de manière aléatoire. Les données sur l’alimentation de l’enfant ont été recueillies par entretien à la naissance, par téléphone à 2 mois et à 1 an, et par auto-questionnaire mensuel entre 3 et 10 mois.

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