Des migrants et réfugiés attendent de traverser la frontière entre la Grèce et la Macédoine, le 10 septembre 2015 à Idomeni
Des migrants et réfugiés attendent de traverser la frontière entre la Grèce et la Macédoine, le 10 septembre 2015 à Idomeni - SAKIS MITROLIDIS AFP

« L’hypothèse est avancée. C’est une crainte du domaine du possible. » Cet enquêteur en poste dans un service de renseignement français ne cache pas ses inquiétudes. Parmi l’afflux de réfugiés arrivés en Europe ces dernières semaines, le risque de terroristes de Daesh infiltrés est, à son sens, réel.

« Ce scénario, aussi fou soit-il, leur permettrait de passer complètement sous nos radars et d’effacer en même temps leur passé », poursuit cet agent. Jusqu’à présent, aucun cas avéré n’a été recensé, relativise une source ministérielle, rappelant que les passages à l’acte dans l’hexagone ont été le fait quasiment exclusivement d’individus connus des services de renseignement, parfois même surveillés puis abandonnés.

Doute pris en compte 

Bernard Cazeneuve en personne avait reconnu que le risque d’infiltration était crédible. « Ça peut toujours arriver. Mais nous travaillons avec nos services de renseignements et nous n’octroyons pas l’asile à ceux dont nous savons qu’ils ont des activités terroristes », avait assuré le ministre de l’Intérieur sur France 3 le 25 mars dernier.

Le risque est pris en compte par les policiers. « Evidemment, les services de renseignement s’adaptent et y travaillent », assure Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint du syndicat de police Alliance. Si aucune source contactée n’a pu confirmer la présence d’agents français dans des camps de migrants, la plupart l’estiment plausible.

Menace utilisée politiquement

La menace est régulièrement agitée par l’extrême droite et la droite dure. Et revient régulièrement dans les colonnes des journaux très droitiers. Ainsi, l’hebdomadaire conservateur Valeurs Actuelles s’interrogeait mardi sur la présence de 4.000 djihadistes en Europe parmi les 340.000 migrants clandestins arrivés depuis janvier. Une rumeur déjà relayée il y a plus de huit mois par le site américain Buzzfeed à la suite d’une interview avec un porte-parole de l’Etat islamique en Turquie. Dont l’objectif, il faut le rappeler, est de terroriser.

Au cours de l’été, le maire (Les Républicains) de Nice, Christian Estrosi, n’a pas paru utile de s’embarrasser avec l’usage du conditionnel. « Parmi les migrants, nous avons des terroristes de Daesh qui s’infiltrent. Nous le savons, les services de renseignements ne cessent de nous alerter là-dessus », a-t-il déclaré sur France Info.

Pas de communication officielle

Des propos factuellement faux puisqu’à l’heure actuelle, aucun cas ne s’est présenté. Si certains Français de retour de Syrie ont pu se mêler aux flux de réfugiés pour traverser la frontière, ils se sont rapidement fait connaître auprès des consulats français en Turquie.

Régulièrement, des services secrets de pays européens disent intercepter des messages faisant état de cette menace. En Italie, par exemple, des écoutes policières révélées par la presse italienne ont fait état en début d’année que Daesh songeait à envoyer entre 500.000 et 700.000 migrants en Italie si le pays décidait d’intervenir en Libye. « Aucun bateau de migrants n’est encore parti d’une zone tenue par l’EI », fait remarquer sur Twitter David Thomson, journaliste de RFI, très bon connaisseur du groupe terroriste.

En outre, l’organisation djihadiste n’a jamais communiqué officiellement sur la présence de ses membres parmi les réfugiés. Il faut dire qu’elle n’en a pas besoin, sa mission étant parfaitement remplie : la peur se distille d’elle-même dans les sociétés occidentales.

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