Des adolescentes utilisent leurs smartphones dans la ville de Bordeaux, en 2013. Illustration
Des adolescentes utilisent leurs smartphones dans la ville de Bordeaux, en 2013. Illustration - POUZET/SIPA

Big Brother n’aura pas leur peau. Si Snapchat, Facebook, Twitter et autres Instagram n’ont plus de secrets pour les futurs cadres de la génération Y, une étude* parue ce jeudi démontre que les jeunes ne sont pas prêts pour autant à se perdre dans le tout numérique.

Le télétravail et la e-consommation boudés

« J’ai un smartphone, dont je me sers beaucoup, pour les réseaux sociaux, calculer mes itinéraires dans les transports ou encore trouver un bon resto », explique Camille, 23 ans, étudiante à la Skema Business School. « On ne peut pas se passer des outils numériques, à commencer par Facebook, qui est pratiquement une obligation pour avoir une vie normale, être invité aux soirées ou récupérer des cours », abonde Adrien, 22 ans, étudiant à la Neoma Business School. Mais si les deux étudiants sont hyperconnectés, pas question pour autant de vivre leur vie uniquement en ligne.

D’après les résultats de l’étude, ni le télétravail ni la e-consommation n’ont la cote auprès des jeunes interrogés : seuls 11 % d’entre eux estiment qu’ils travailleront principalement à distance. « Il ne faudrait pas être en télétravail permanent, le contact, c’est important dans le travail, ça motive », indique Camille. Stagiaire en marketing, Adrien pourrait accomplir certaines de ses tâches en télétravail : « ça ne me dérangerait pas, mais seulement de temps en temps. Seul, je me sentirais moins efficace, l’émulation de groupe me manquerait », confie-t-il. « En parallèle de cette numérisation de la vie, les jeunes ont besoin de rester en contact avec la vie réelle, ils aspirent à se retrouver ensemble dans un bureau ou dans une vraie boutique, pour partager du lien social », analyse Ingrid Nappi-Choulet, professeur à l’Essec qui a supervisé l’étude. Car ce besoin de réel se retrouve jusque dans leurs habitudes de shopping : seuls 22 % des étudiants interrogés souhaitent faire leurs achats par Internet.

« Pas envie de me sentir tracée »

Lucides, les jeunes sont aussi conscients de l’utilisation commerciale de leurs données personnelles. « La génération Y est née avec ces outils. Les jeunes sont au fait des deals conclus entre fournisseurs de services sur internet et les utilisateurs de données. Ils sont plus informés que leurs aînés », relève Fabrice Epelboin, spécialiste médias sociaux et professeur à Sciences-Po. « Aujourd’hui, il suffit de regarder son historique dans Google Maps pour se rendre compte que nos déplacements sont enregistrés, il y a de quoi flipper », poursuit-il.

D’ailleurs, 77 % des étudiants interrogés considèrent que le numérique est trop présent et 58 % d’entre eux sont réticents à l’usage de la géolocalisation pour se voir proposer des offres commerciales. « Je n’ai pas envie de me sentir tracée à chaque fois que je fais une recherche sur Internet », confirme Camille. Pour mettre le holà, près de la moitié des étudiants estiment savoir se mettre des limites. « Au début de mes études, je me suis interdit d’avoir un ordinateur personnel. J’allais travailler à la bibliothèque, je ne voulais pas me laisser aller, passer des heures sur les réseaux sociaux, se souvient Adrien. On doit se gérer et pour cela, c’est important d’avoir une éducation au numérique ».

* Etude réalisée par la Chaire Immobilier et Développement Durable de l’ESSEC, menée en ligne par Harris Interactive du 9 au 22 juillet 2015 sur un échantillon de 1.000 personnes représentatif des étudiants post-bac en France, selon la méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, type de formation et région d’études de l’interviewé(e). La moyenne d’âge de l’échantillon est de 21 ans et 54 % sont des femmes.

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