Nouveauté de la rentrée scolaire, la réserve citoyenne est désormais lancée. Imaginée après les attentats de janvier, elle regroupe des bénévoles (avocats, journalistes, acteurs culturels, personnalités du monde associatif…) chargés d’intervenir dans les classes pour transmettre les valeurs de la République, en relatant son parcours de vie ou en mettant à profit son domaine d’expertise. Selon le ministère de l’Education, 4.660 personnes se sont pré-inscrites sur le site lareservecitoyenne.fr pour devenir réservistes et les deux tiers d’entre elles ont déjà vu leurs candidatures validées. 20 Minutes a recueilli le témoignage de quatre d’entre eux.

Robin Renucci, acteur et réalisateur

« Cela fait 40 ans que je suis investi dans l’éducation artistique et culturelle. Cela coulait donc de source que je m’engage au sein de la réserve citoyenne et que j’en devienne même l’un des ambassadeurs. Si je peux aider les enseignants à aiguiser le discernement des élèves, je le ferai avec plaisir. Je ne compte pas leur parler de mon métier lors de mes interventions, mais aborder avec eux des questions de citoyenneté, d’égalité, de laïcité, de liberté… Nous partirons toujours d’un texte. Si l’on aborde par exemple L’école des femmes de Molière, j’inciterai les élèves à s’interroger sur le fait qu’Arnolphe cherche à soumettre l’esprit d’Agnès. Je les aiderai à argumenter, à débattre pour devenir des citoyens critiques. »

Latifa Ibn Ziaten, mère d’une victime de Mohamed Merah :

« Il est urgent de parler du vivre ensemble. Depuis que j’ai perdu mon fils, j’interviens dans les établissements dans le cadre de l’association qui porte son nom et qui œuvre pour la paix. Mon fils est mort debout, il faut donc que la France reste debout, même après les attentats. Ça fait trois ans que je le répète qu’il y a des Merah partout en France, il faut réagir. Participer à la réserve citoyenne, c’est continuer mon combat pour aller à la rencontre de la jeunesse. Il faut écouter la souffrance des jeunes, leur parler de laïcité, de l’importance d’aimer le pays où l’on vit, de respecter ses lois, d’aller à l’école… Lors de mes interventions, certains élèves pleurent, d’autres ont un déclic et se mettent à travailler. J’espère qu’il en sera de même après celles que je ferai dans le cadre de la réserve citoyenne ».

Rentrée scolaire : A quoi va ressembler l’enseignement moral et civique ?

Henri Rozenfarb, président de l’association pour la mémoire des enfants juifs déportés de Lorraine

« Les enfants français ne sont ni racistes, ni antisémites. C’est la société qui les rend comme ça. D’où l’importance d’aller très tôt à leur rencontre pour leur apprendre le vivre ensemble. Dans le cadre de mon association, j’interviens depuis 2010 dans des collèges et des lycées lorrains, avec Albert Robweck, un ancien déporté d’Auschwitz et Maurice Quenet, qui a été caché lorsqu’il était enfant pendant la guerre parce qu’il était juif. En parlant de la Shoah, je fais des ponts avec l’actualité d’aujourd’hui et je fais comprendre aux élèves la nécessité d’accepter l’autre. On leur montre que le racisme et l’antisémitisme témoignent d’une agressivité réactionnelle due à la peur de l’autre. Participer à la réserve citoyenne va nous permettre de faire davantage d’interventions dans les établissements. Et de soutenir les enseignants, qui sont parfois découragés par l’ampleur de la tâche. »

Nelly Viennot, ancienne arbitre internationale de foot :

« Après les attentats de janvier, j’ai senti qu’il fallait que l’on se mobilise collectivement autour de notre jeunesse. Participer à la réserve citoyenne me permet de le faire. Lors de mes interventions dans l’académie de Nancy-Metz, je mettrai à profit mon expérience professionnelle auprès des élèves. En partant des règles du jeu au foot et de leur importance pour discipliner les joueurs, j’élargirai la discussion et parlerai du respect des autres. Avoir des intervenants extérieurs, ce sera forcément une richesse pour l’école. Je ne sais pas ce que les élèves retiendront de notre dialogue, mais ça vaut le coup d’essayer. »