Rentrée scolaire: A quoi va ressembler l’enseignement moral et civique?

EDUCATION Les enseignants fourmillent d'idées pour faire vivre ces nouveaux programmes...

Delphine Bancaud

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Illustration d'un journal école au collège Flavien de Paris, à l'occasion de la semaine de la presse et des médias à l'école

Illustration d'un journal école au collège Flavien de Paris, à l'occasion de la semaine de la presse et des médias à l'école —

Grande nouveauté de la rentrée : l’enseignement moral et civique (EMC) sera dispensé dès ce mois de septembre à tous les élèves, du CP à la terminale. Une réponse à la grande mobilisation de l’école pour les valeurs de la République après les attentats de janvier. 20 minutes a interrogé des enseignants pour savoir comment cet EMC prendra corps en classe.

Des rendez-vous réguliers

Les élèves du primaire auront une heure d’EMC par semaine, les collégiens et les lycéens une heure tous les quinze jours. Ce qui représentera 300 heures sur l’ensemble d’une scolarité. Au collège et au lycée, cet enseignement sera le plus souvent dispensé par les profs d’histoire-géo, mais pourra aussi l’être par leurs collègues d’autres matières. Laïcité, lutte contre les discriminations, fonctionnement de la République, Etat de droit, pluralisme des opinions, valeurs de la République… Voilà quelques-uns des thèmes au programme. « L’idée est que l’esprit critique des élèves soit aiguisé », a résumé ce lundi la ministre de l’Education sur France Inter.

L’apprentissage vivant de règles communes

Pour mieux vivre ensemble, les élèves seront poussés à réfléchir aux règles qui régissent l’école et la société. « Au début de l’année, je compte leur faire analyser le règlement du lycée et débattre de son bien-fondé. On étudiera ensuite la différence entre un règlement et une loi », indique Alice, enseignante d’histoire-géo dans un lycée de Seine-Saint-Denis.

Des débats à portée philosophique

Les élèves seront poussés à se poser des questions, à argumenter et à respecter le point de vue des autres. Un livre ou un film pourra servir de support à la discussion. « Les élèves seront amenés à réagir sur des dilemmes moraux, en répondant par exemple à la question "est-ce que l’on peut se faire justice soi-même" », explique Florence Robine, directrice générale de l’enseignement scolaire. « En primaire, on peut par exemple, les faire travailler sur La chèvre de monsieur Seguin et leur demander s’il vaut mieux vivre prisonnier, mais en sécurité ou libre, mais en prenant des risques », suggère Stéphanie de Vanssay, conseillère technique au SE-Unsa.

Des jeux de rôle

Pour aborder certaines notions, comme l’Etat de droit, les enseignants pourront utiliser les jeux de rôle, comme compte le faire Alice. « On peut partir de cas précis, comme celui des faucheurs de champs OGM pour expliquer la différence entre légitimité et légalité. Certains élèves incarneront des faucheurs, d’autres un juge ou un avocat », explique-t-elle.

Des discussions autour d’événements qui se sont passés à l’école

« En primaire, l’enseignant pourra partir d’un conflit entre élèves pour aborder la communication non violente et le respect d’autrui », explique Claire Krepper, secrétaire nationale du Se-Unsa. L’EMC peut aussi être l’occasion de mettre en place un système de médiation entre pairs pour résoudre les conflits entre élèves.

La création de conseils d’élèves

C’est une manière d’inciter les élèves à s’engager. « Lors de ces conseils d’élèves, ils seront invités à réfléchir par exemple, à l’organisation de la classe ou au thème du prochain carnaval », explique Stéphanie de Vanssay. Un moyen de leur faire prendre conscience de ce qu’est un vote et de la légitimité d’une décision prise par la majorité.

Des sorties de classe

« Pour leur faire comprendre le fonctionnement de la démocratie, rien de telle qu’une visite du Sénat ou de l’Assemblée nationale », explique Christine, professeur d’histoire- géo dans un lycée de Laon (Aisne). La visite de lieux de mémoire s’inscrit aussi très bien dans le cadre des EMC.

La création d’un média

Chaque établissement devra développer sa radio, son blog ou son journal pour mieux comprendre les enjeux de la fiabilité de l’information. « Je vais aussi apprendre à mes élèves des techniques de recherches sur Internet afin de leur expliquer comment distinguer les différentes sources d’information (blogs, forum, article sur un site d’informations…) », indique Christine.