Un parc équipé de wifi.
Un parc équipé de wifi. - Pierre Verdy afp.com

C’est une grande première en France : la justice a reconnu l’existence d’un handicap grave dû à l’hypersensibilité aux ondes électromagnétiques. La plaignante, qui vit recluse dans les montagnes de l’Ariège pour éviter toutes les ondes émises par les téléphones portables, le wifi ou les antennes-relais, a ainsi obtenu le droit de percevoir une allocation pour adulte handicapé visant à compenser son impossibilité de travailler. Pour Sophie Pelletier, porte-parole du Collectif des électrosensibles de France, cette décision de justice doit maintenant ouvrir la porte à des actions de prévention.

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Cette décision de justice est-elle importante pour vous ?

Comme toute décision de justice, elle pourra faire jurisprudence et elle a le mérite de mettre le sujet sur la table. Des gens avaient déjà obtenu d’être reconnus travailleurs handicapés ou remplissaient les critères pour toucher des allocations, mais l’appréciation était variable d’un endroit à l’autre. Il y a eu des avancées dans certains départements, notamment dans l’Essonne avec plusieurs reconnaissances et octrois de subventions pour acheter du matériel de protection. Mais dans d’autres départements, l’électrosensibilité n’est pas reconnue. Ce jugement a donc le mérite de jeter une lumière très intéressante sur cette question et aujourd’hui j’ai envie d’interpeller les ministres de la santé et du handicap pour leur demander : qu’est-ce qu’on fait ? Nous n’avons toujours pas de politique de prévention et pas de solutions valables pour les gens qui sont atteints d’électrosensibilité.

En quoi consisterait une politique de prévention ?

Il faut donner la possibilité aux électrosensibles de se mettre à l’abri, c’est-à-dire de disposer de secteurs ou le rayonnement est limité voire quasi nul pour ceux qui sont particulièrement atteints. Il faudrait pouvoir être mis à l’abri chez soi et, dans le cadre du travail, qu’il y ait une prise en compte valable des cas de personnes électrosensibles. Cela demande une vraie réflexion et une vraie politique publique or aujourd’hui on voit qu’on déploie un plan numérique pour insérer le wifi dans toutes les écoles sans prendre en compte les risques d’électrosensibilité chez les enfants. Nous sommes face à un problème de santé publique très important qui n’est toujours pas évalué en France tandis qu’on sait qu’en Allemagne 8 à 10 % de la population est touchée.

Pourquoi, selon vous, la France ne se penche pas plus sur ce problème ?

Nous avons interpellé l’Institut national de veille sanitaire (INVS) il y a deux ans, qui nous a répondu qu’en l’absence de description clinique de la maladie, ils ne pouvaient pas l’étudier. Pour l’instant, c’est une maladie qui n’existe pas pour les autorités sanitaires, donc on ne la décrit pas. Or il y a maintenant des décisions de justice et tous les jours de nouvelles personnes s’inscrivent chez nous.

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