De l'affaire du «petit Grégory» au «Tueur du Zodiac»: Retour sur quatre «corbeaux»

DENONCIATIONS Le « corbeau », c’est qui ? De l’affaire du « petit Grégory » à celle du « Tueur du Zodiac », toujours pas démasqué, quelques profils ont été établis…

Jane Hitchcock

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La contre-expertise sur les ossements remontés fin septembre au large de la Bretagne a confirmé qu'ils appartenaient au docteur Yves Godard, disparu en 1999 avec sa famille dans des conditions jamais élucidées, a-t-on appris vendredi auprès du parquet de Saint-Malo.

La contre-expertise sur les ossements remontés fin septembre au large de la Bretagne a confirmé qu'ils appartenaient au docteur Yves Godard, disparu en 1999 avec sa famille dans des conditions jamais élucidées, a-t-on appris vendredi auprès du parquet de Saint-Malo. — Mychèle Daniau AFP/Archives

  • Le véritable meurtrier, dans l’affaire Grégory

Ce 16 octobre 1984, vers 17 h, Grégory, 3 ans, disparaît alors qu’il joue sur un tas de sable dans le jardin devant la maison de ses parents Christine et Jean-Marie Villemin, à Lépanges-sur-Vologne (Vosges). Sa mère signale sa disparition. Vers 21 h 15, le corps de l’enfant mort noyé est découvert, tout habillé, plaqué contre un barrage dans la Vologne, à Docelles. Son corps ne présente pas de trace de violence mais une cordelette lui lie jambes et mains croisées sur son ventre. Les recherches ciblées dans la Vologne s’expliquent par un mystérieux personnage surnommé « le corbeau » qui fait part du crime par un appel téléphonique donné à 17 h 32 à l’un des frères de Jean-Marie Villemin, Michel, précisant que l’enfant avait été jeté dans la rivière. Le lendemain, le 17 octobre, une lettre anonyme adressée à Jean-Marie Villemin revendique le crime : « J’espère que tu mourras de chagrin, le chef. Ce n’est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils. Voilà ma vengeance, pauvre con. » La lettre a été postée le jour du meurtre. Ce « corbeau » à la voix rauque harcelait le couple depuis quatre ans. D’après le juge Jean-Michel Lambert, le premier magistrat à avoir instruit l’affaire, « il est forcément l’assassin ». Et n’a jamais été démasqué.

Les scellés du petit Grégory Villemin à la Cour d'appel de Dijon, 2008 - Jeff Pachoud AFP
  • « Oeil du Tigre » était une femme, dans les années 1920

Le « corbeau » fait son apparition en France dans les années 1920. C’est d’ailleurs à cette époque que l’expression naîtra et inspirera par la suite de nombreux artistes, du théâtre, de la musique et du cinéma. Au début du XXe siècle, un corbeau baptisé « Œil-De-Tigre » inonde Tulle (Corrèze) de 110 lettres anonymes. Semant la méfiance, la calomnie et la mort sur son passage. En 1917, chef de bureau à la préfecture, Jean-Baptiste Moury reçoit un pli non signé lui intimant de ne pas épouser Angèle Laval, l’une de ses collaboratrices. Deux ans plus tard, une vingtaine d’employés de la préfecture, et le préfet lui-même, reçoivent à leur tour des courriers. Ils révèlent les coucheries, les rivalités, les rancunes : « Le corbeau détruit les réputations, brocarde les petits chefs, salit les ménages. En 1921, l’oiseau de malheur se dote d’un pseudonyme : « Œil-De-Tigre ». Un greffier préfectoral apprendra dans un courrier qu’Œil-De-Tigre n’est autre que… sa femme », écrit le quotidien régional La Montagne. L’homme perd la raison et décède un mois plus tard. De harceleur, le corbeau est devenu un meurtrier. Inculpée, Angèle Laval sera laissée libre dans l’attente de son procès. La jeune femme de 35 ans tente de se soustraire à l’opprobre en se jetant dans un étang avec sa mère. Seule cette dernière périra. C’est la seconde victime physique du corbeau. Angèle Laval est finalement condamnée, fin 1922. Cette affaire est la trame du film de Henri-Georges Clouzot sorti en 1943, Le Corbeau.

Ces affaires où un corbeau a jeté le trouble

  • Le Zodiac est l’assassin, en Californie

Avant l’assassinat, dans l’Est de la France, de Grégory Villemin, la plus célèbre des affaires de « corbeaux » était américaine. Nous sommes dans la fin des années 1960. Il s’agit de l’illustre « tueur du Zodiac ». Lui sont attribués de façon certaine cinq meurtres, deux tentatives de meurtre et un enlèvement commis dans le nord de la Californie. Mais au-delà de ces faits, il a été soupçonné d’une série de meurtres : entre 37 et 200 selon les auteurs. Son surnom provient de ses nombreuses lettres envoyées à la presse, incluant quatre cryptogrammes, dont trois n’ont pas été élucidés. Près de 2.500 suspects ont été interrogés au cours des décennies. En 1978, une seizième et dernière lettre est envoyée à la police rappelant que le tueur était toujours présent et que jamais il ne serait arrêté. Scorpio, le méchant du premier Inspecteur Harry, est inspiré du Zodiac. Depuis la plongée soudaine du tueur en série dans l’anonymat en 1978, des centaines de personnes continuent chaque année d’affirmer l’avoir connu. Aucune de ces pistes n’a jamais rien donné. A ce jour, son identité reste une énigme.

  • Un supposé complice, dans l’affaire Godard

Pas de corbeau de cet épineux dossier breton ouvert depuis 1999 mais un supposé complice qui aurait parsemé les indices au fil des années pour faire croire à la mort accidentelle du médecin, soupçonné du meurtre de son épouse et de leurs deux enfants. Les cartes bancaire et d’assuré social du docteur Jean-Yves Godard avaient resurgi deux ans après sa disparition. Des indices inexploitables, selon la justice, qui a rendu un non-lieu, faute de charges. En septembre 1999, la famille était partie de Saint-Malo à bord du Nick, un voilier de location. Des ossements appartenant au médecin et à sa fille Camille ont été repêchés en mer en 2006 et 2000, mais le sort de son fil Marius et des son épouse restent incertains puisque leurs corps n’a jamais été retrouvé. Régulièrement, des indices ont été déversés par la Manche : canot de survie, annexe du bateau, sac d’effets personnels. La dispersion géographique de ces éléments et leur multiplication ont compliqué le problème plus qu’ils ne l’ont éclairci. L’enquête a mené les forces de l’ordre dans toute la Bretagne mais aussi à Miami, à Madère, au Portugal ou en Ecosse, où des témoins avaient assuré avoir vu le médecin. Jamais le mystère n’a été percé.

Le Dr Godard et sa famille ont disparu en 1999