Le sémaphore de Fort Béar, où un attentat a été déjoué par les services de renseignement.
Le sémaphore de Fort Béar, où un attentat a été déjoué par les services de renseignement. - RAYMOND ROIG / AFP

On commence à en savoir un peu plus sur le projet d'attentat contre le sémaphore du Fort Béar, déjoué la semaine dernière. On a notamment appris qu'un djihadiste avait donné instruction de frapper la France. Mais au lendemain de la mise en examen de trois jeunes gens, des zones d'ombre demeurent. 20 Minutes fait le point.

Qui sont les trois apprentis djihadistes?

Trois jeunes gens de 17, 19 et 23 ans sans histoire, sans antécédents judiciaires. Ils avaient tous le niveau bac. Les deux plus jeunes étaient encore scolarisés récemment et vivaient avec au moins un de leurs parents. Chacun est décrit comme «réservé» par des voisins. Le lycéen de 17 ans résidant à Beuvrages (Nord), doué en informatique, venait même de décrocher son baccalauréat avec mention Bien.

Comment se connaissent-ils?

Ils vivaient à plusieurs centaines de kilomètres les uns des autres et ne se sont jamais rencontrés physiquement, semble-t-il. Ce projet d'attentat a été appuyé uniquement sur des contacts virtuels, via les réseaux sociaux puis au moyen d'applications et de logiciels cryptés par la suite. La constitution de cette cellule avec les télécommunications pour seule lien tranche avec les exemples connus de groupes ou d'individus ayant mené ou tenté de mener des actions en France.

Quel était l'état d'avancement de leur projet?

La cible était identifiée, le mode opératoire défini, mais la date de réalisation encore floue, fin décembre 2015 ou début janvier 2016. Le plus âgé des trois, l'ancien matelot Djebril Amara, avait acquis du matériel paramilitaire mais aucune arme n'a été retrouvée lors des perquisitions. Selon leurs témoignages, dont a fait état vendredi le procureur de la République de Paris, ils projetaient d'acheter, plus tard, des armes de poing notamment. Quelle était leur connaissance du maniement des armes? Ils avaient en leur possession des éléments de Daech sur le sujet, selon le procureur, mais il s'agit de documentation théorique. Quelle menace représentaient-ils réellement? Avaient-ils les moyens de leurs ambitions, sachant que l'ancien marin souffrait du dos et qu'Antoine Frèrejean boitait, selon un voisin? Difficile à dire à ce stade.

Qui est le djihadiste qui a demandé au plus jeune de frapper en France?

Présent en Syrie, il serait britannique, selon une source proche du dossier. Il a demandé au jeune mineur de Beuvrages, qui était sous le coup d'une mesure d'interdiction de sortie du territoire et ne pouvait donc se rendre en Syrie, de «frapper sur place en France». Comment sont-ils entrés en contact? Quel responsabilité exerce le djihadiste au sein du groupe Etat islamique (EI)? Les échanges avec la Syrie, mentionnés par le procureur de Paris, ont-ils concerné d'autres membres de l'EI? L'enquête devra le déterminer.

Quelle est l'importance de la vengeance personnelle dans ce projet?

Djebril Amara a suggéré aux deux autres d'attaquer le site militaire de Fort Béar, où il avait été guetteur avant d'être réformé de la Marine pour «troubles d'adaptation au métier de militaire». Selon une source proche du dossier, il aurait pu «nourrir une rancune personnelle contre le chef de détachement».

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