Attentat en Isère: «Ce sont des pieds nickelés qui ont commis un attentat au fin fond de la France»

INTERVIEW Après l’attaque qui a visé une usine de produits chimiques à Saint-Quentin-Fallavier ce vendredi matin, Mathieu Guidère, professeur d’islamologie à l’université de Toulouse II livre les premiers enseignements sur cet attentat…

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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Entrée de l'usine Air Products à Saint-Quentin-Fallavier (Isère). Lancer le diaporama

Entrée de l'usine Air Products à Saint-Quentin-Fallavier (Isère). — Google Street View

Moins de six mois après les attentats de Paris, une nouvelle attaque -redoutée par les autorités- a eu lieu ce vendredi matin sur un site de gaz industriels en Isère, à Saint-Quentin-Fallavier. Mathieu Guidère, professeur d’islamologie à l’université de Toulouse II et auteur de Terreur, la nouvelle ère (éd. Autrement), tire les premiers enseignements de l’attaque, soulignant que les deux attentats, bien plus sanglants, qui ont suivi, en Tunisie et au Koweït, signent la célébration macabre de la première année du califat de Daesh.

Qu’apprend-on de l’attaque de ce vendredi matin ?

Il y a trois choses que cet attentat nous apprend. La première, que, comme cela a été le cas dans les années 2000 pour Al-Qaida avec les attentats suicides concomitants, des individus commettent désormais des actions avec la « marque de fabrique » de Daesh : la décapitation. Ensuite, que le « terrorisme d’inspiration », mimétique, a définitivement pris le pas sur le terrorisme d’exportation. Là où Al-Qaida envoyait dans un autre pays des cellules de plusieurs personnes qui préparaient puis commettaient un attentat, désormais, un terroriste se revendique de Daesh, alors que Daesh ne sais parfois même pas qu’il existe.

Enfin, qu’aujourd’hui la menace est double : ceux qui ont été empêchés de partir -par le durcissement de la législation notamment- semblent décidés à agir ici, et ceux qui sont partis, qui ne souhaitent en majorité pas rentrer mais faire le djihad ou s’établir au sein du califat, menacent la France depuis l’étranger.

Et concernant la sécurité autour des sites sensibles ?

Les sites Seveso ne sont pas plus surveillés par les autorités depuis les attentats de janvier. 99 % des gens ne savent pas ce qu’est un site Seveso, le ou les terroristes ne devaient pas le savoir non plus : ils ont vu qu’il s’agissait d’un site de gaz industriels, et ont dû penser que, s’il y avait des bombonnes de gaz, ils pourraient tout faire exploser en projetant un véhicule. Ce sont des pieds nickelés qui ont commis un attentat au fin fond de la France. S’il n’y avait pas un tel acte d’horreur, je ne leur donnerais pas plus d’importance que cela.

Justement, que peut-on dire de ce ou de ces terroristes ?

Je ne veux pas me prononcer sur leur profil. Il y a encore trop peu d’informations pour le faire, d’autant plus que, vu la configuration de l’attaque, il peut très bien s’agir au final d’un désir de vengeance personnelle, d’un salarié qui se serait fait licencier et aurait voulu se venger par exemple et qui aurait décidé de médiatiser son acte en reprenant les codes de Daesh…

La concomitance avec deux autres attaques -bien plus sanglantes- au Koweït et en Tunisie, est-elle significative ?

Bien sûr ! On est centré sur la France, mais, peu après, à Sousse, qui est le plus gros point touristique en Tunisie, une autre attaque à fait au moins 27 morts, et au Koweït, un attentat anti-chiite revendiqué par Daesh a fait au moins 25 morts. Cette concomitance a bien sûr un sens. Depuis quelques semaines, le groupe fête de façon bien macabre la première année de son califat. Et, malheureusement, ce pourrait bien n’être que le début. Cela va culminer le 29 juin, date de proclamation officielle du califat. Sans compter que le ramadan, mois sacré pour tous les musulmans, est considéré comme un mois propice au djihad par les islamistes.