«Chercheurs de trésors»: Quand les détecteurs de métaux servent au pillage archéologique

SOCIETE A l’occasion des Journées nationales de l’archéologie organisées de vendredi à dimanche, « 20 Minutes » s’est penché sur ce phénomène…

Faustine Vincent

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Archéologie: Un prince et son char déterrés

Archéologie: Un prince et son char déterrés — 20 minutes - Slideshow

« Détecteur de métaux pour la chasse aux trésors », promet une publicité en ligne. Selon les estimations de l’Institut de recherches archéologiques préventives (Inrap), quelque 50.000 personnes utiliseraient ces engins dans l’Hexagone. Une plaie, protestent les archéologues. Car, depuis leur apparition dans les années 1960, les détecteurs de métaux sont devenus la première cause du pillage archéologique en France.

Guidés par le plaisir de la découverte et/ou l’appât du gain, les « chercheurs de trésors », aux profils très divers, n’ont pas tous de mauvaises intentions. Une partie d’entre eux ignore sans doute que l’utilisation de ces engins est interdite « à l’effet de recherches de monuments et d’objets pouvant intéresser la préhistoire, l’histoire, l’art ou l’archéologie, sans avoir, au préalable, obtenu une autorisation administrative », comme le stipule l’article. L. 542-1 du code du patrimoine. Contrairement à ce que laissent supposer les vendeurs de détecteurs de métaux, la détection « de loisir » n’existe pas d’un point de vue juridique.

40.000 « chercheurs de trésors »

Que deviennent les objets trouvés ? Certains « chercheurs de trésors » gardent pour eux leur butin – le plus souvent des pièces de monnaie ancienne. D’autres le revendent, notamment sur internet, via les sites eBay, Le Bon coin ou Delcampe, voies d’écoulement des objets dérobés.

Aucune statistique précise n’est disponible. Selon Eric Champault, archéologue à l’Inrap, « des centaines de milliers d’objets sont sortis des sites archéologiques chaque année ». Référent bénévole d’eBay France depuis 2013, il a fait retirer 5.400 objets du site cette année. « Mais les ventes sur Internet ne sont que la partie émergée de l’iceberg, précise-t-il, car il existe toute une filière clandestine en parallèle ».

De son côté, Jean-David Desforges, archéologue et président de l’association Halte au pillage du patrimoine archéologique et historique (Happah), estime à 40.000 le nombre de « chercheurs de trésors ». « Cet effectif reste stable depuis quelques années, explique-t-il. On assiste en revanche à un perfectionnement des techniques ». Des appareils électromagnétiques de plus en plus puissants, comme les radars au sol, permettent de ratisser encore plus efficacement.

Parallèlement, des applications mobiles de géolocalisation, fournissant les données des sites archéologiques, identifiés ou soupçonnés par les scientifiques, se sont développées. Désormais, trouver des « trésors » deviendrait presque un jeu d’enfant. Au point d’avoir entraîné une déflation du cours des objets archéologiques. « Dans les années 1980, une monnaie ancienne assez courante, comme une pièce datant du Bas-Empire romain, se vendait l’équivalent de 15 à 20 euros. Aujourd’hui, une poignée de ces pièces ne vaut plus rien », affirme Jean-David Deforges.

Vente de « fragments humains »

D’abord peu réactives, les autorités ont fini par prendre conscience que le pillage mettait en péril le patrimoine français, l’information scientifique et les vestiges archéologiques. Quelque 300 dossiers suivis par le ministère de la Culture étaient en cours en 2014.

Les procès se multiplient. En août 2014, un viticulteur de la Marne a été condamné à une amende de 197.235 euros pour avoir dérobé des centaines d’objets anciens sur des sites archéologiques de l’est de l’Ile-de-France. Et ce vendredi, cinq personnes comparaissent à Dijon (Côte d’or) pour avoir déterré 2.000 pièces gauloises dans un champ à Laignes. L’Happah s’inquiète toutefois d’un ralentissement de l’intérêt des autorités depuis quelques mois. « Le lobby des détecteurs de métaux commence à se constituer et à faire masse », accuse son président.

Pendant ce temps, le pillage se poursuit et s’étend. L’Happah observe désormais la vente, toute aussi illégale, de morceaux de poterie ancienne, de pierres, de tuiles, mais aussi de « fragments humains », prélevés notamment dans les zones de la Première et Seconde Guerre mondiale, et « vendus comme un souvenir ».

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