Crise des migrants en Europe: «La fermeture des frontières au sein de l'UE n’est pas une solution»

INTERVIEW Catherine de Wenden, spécialiste des migrations internationales, décrypte les tensions au sein de l'Union européenne après la fermeture de la frontière franco-italienne…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Des migrants à la frontière franco-italienne, à Vintimille, le 12 juin 2015.

Des migrants à la frontière franco-italienne, à Vintimille, le 12 juin 2015. — JEAN-CHRISTOPHE MAGNENET / AFP

L’Union européenne et ses accords de Schengen sur la libre circulation des personnes semblent bien fragiles alors qu’un afflux exceptionnel de migrants arrive sur les côtes méditerranéennes. Entre le manque de solidarité et les craintes des opinions publiques, la situation apparaît aussi complexe que sulfureuse. Eléments d’analyse avec Catherine de Wenden, directrice de recherche au CNRS et spécialiste des migrations internationales.

La France a fermé sa frontière avec l’Italie, refoulant des centaines de migrants. Est-ce une première ?

Non. En cas de situation d’exception, le contrôle aux frontières peut être rétabli si le pays estime qu’il y a une menace d’ordre public, de sécurité ou de santé publique. En 2011, dans le contexte des révolutions arabes, Nicolas Sarkozy a fermé la frontière avec l’Italie, invoquant cette situation d’exception.

Comment interpréter, aujourd’hui, ce geste de Paris ?

La frontière est aujourd’hui fermée car il y a des peurs : peurs face à une Italie débordée qui menace l’Europe d’un « plan B » [accorder un visa temporaire aux migrants leur permettant de circuler librement en Europe], mais aussi peur face à la crispation des opinions publiques. Les élections régionales françaises sont en décembre 2015, et la région PACA est menacée par la droite dure et l’extrême droite. Le gouvernement souhaite rassurer ses électeurs en montrant qu’il est ferme sur cette question.

Outre la création de 11.000 places d’hébergement supplémentaires, le ministre de l’Intérieur annonce ce mercredi vouloir multiplier par deux le nombre de retours des migrants économiques. Qu’en pensez-vous ?

Les places supplémentaires d’hébergement sont évidemment une bonne chose. On ne peut laisser les gens dormir dehors, comme dans la « jungle » à Calais ou Sangatte par exemple. Les conditions y sont terribles. Quant au retour des migrants économiques, ce n’est pas économiquement viable. Ce retour coûte entre 3.000 et 35.000 euros par migrant.

Comment expliquer cette fourchette de prix ?

Il y a le coût du maintien dans des centres de rétention, les procédures, les vols réguliers ou spéciaux suivant les pays de retour, les gendarmes dépêchés sur place, l’hébergement…

Alors, comment répondre à cette crise migratoire en Europe ?

Fermer les frontières ne sert à rien. Il faut aussi revoir le règlement européen Dublin II, qui détermine le pays européen responsable d’examiner une demande d’asile en Europe. Ce système, qui prévoit le transfert d’un demandeur d’asile vers l’État par lequel ce demandeur fait son entrée dans l’UE, est dépassé.

Enfin, il faut sortir de la politique de l’urgence et se mettre d’accord au niveau européen. Le commissaire grec aux migrations, Dimitris Avramopoulos, a prôné la création de quotas de demandeurs d’asile par pays au nom du « partage des charges ». Mais les pays, qui sont dans une escalade de souverainisme, renvoient cette question à plus tard. Je pense pourtant que la proposition de la Commission est intéressante.

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