«Assouplir la loi Evin serait irresponsable!» pour la Mission de lutte contre les conduites addictives

SANTE La présidente de cette Mission interministérielle s’alarme du risque pour les jeunes alors que les députés envisagent de modifier, mardi, la loi sur la promotion de l’alcool…

Vincent Vantighem

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Nantes, le 26 janvier 2008. Une serveuse prépare des shooters d'alcool dans un bar.

Nantes, le 26 janvier 2008. Une serveuse prépare des shooters d'alcool dans un bar. — FRANK PERRY / ARCHIVES / AFP

Ce week-end, Danièle Jourdain-Menninger était en province. « J’ai acheté le journal local, raconte la présidente de la Mission interministérielle de lutte contre les conduites addictives (Mildeca). Accidents de voiture, violences conjugales… Il y avait deux pages de faits divers. Tous avaient un lien avec l’alcool… »

Danièle Jourdain Menninger, le 25 juin 2013. - V. WARTNER/20 MINUTES


Peu habituée à ruer dans les brancards, la présidente de la Mildeca est, pourtant, sortie de sa réserve, ce lundi, pour critiquer l’attitude des députés qui envisagent d’assouplir la loi Evin régissant les règles de la publicité pour les marques d’alcool. Mardi, dans le cadre des débats sur la loi Macron, les parlementaires pourraient, en effet, adopter un amendement faisant la distinction entre publicité et information sur l’alcool, ouvrant la voie à une nouvelle forme de promotion.

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« Ce serait irresponsable !, déplore Danièle Jourdain-Menninger, interrogée par 20 Minutes. L’alcool fait 50.000 morts par an en France ; cinq millions de personnes ont un problème de consommation. Et on s’apprête à faciliter le business des grands alcooliers. »

12,3 % des jeunes boivent dix verres par mois

Mais c’est surtout l’impact de ce changement de loi sur les jeunes qui inquiète le plus l’organisme chargé de lutter contre les conduites addictives. En 2014, l’Inserm a compilé les études existantes sur le sujet. Menées dans différents pays du globe, les treize enquêtes ont toutes donné les mêmes résultats. « Elles montrent un lien significatif entre l’exposition à la publicité et l’initiation de la consommation d’alcool chez les adolescents, assure l’Inserm. Elles révèlent aussi que le ‘binge drinking’est associé à des publicités pour l’alcool. »

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Une alerte à prendre au sérieux alors que 12,3 % des jeunes de 17 ans ont admis boire au moins dix verres d’alcool par mois en 2014 (17,5 % des garçons contre 6,8 % des filles), selon une étude de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. « Même les enfants de trois ans sont baignés dans cette atmosphère, déplore la présidente de la Mildeca. On m’a présenté une étude la semaine dernière qui montre que des enfants très jeunes sont capables de citer des marques d’alcool ! »

Le même amendement présenté cinq fois depuis 2008

En toute logique, c’est le lobby de l’alcool que la Mildeca a placé aujourd’hui dans son viseur. « Cet amendement a été présenté cinq fois dans les mêmes termes depuis 2008, s’insurge ainsi Danièle Jourdain-Menninger. Il figurait même dans la loi Santé avant d’en être retiré in extremis. »

Loi Evin : Le gouvernement « fera ce qu’il peut et ce qu’il faut… »

Devant le tollé suscité par ce texte, Marisol Touraine, la ministre de la Santé, a justement fait savoir que le gouvernement « ferait tout ce qu’il peut et tout ce qu’il faut pour supprimer cet amendement ». La pression est donc désormais sur les parlementaires qui devront trancher ce débat, ce mardi, aux alentours de 21h30.