Ni tampons, ni serviettes : Que risquent les femmes à «retenir» leurs règles ?

SANTE Pendant leurs menstruations, certaines femmes décident d'abandonner les protections hygiéniques pour se consacrer au «flux instinctif libre»...

Claire Chédeville

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Illustration: certaines femmes décident d'abandonner toutes protections hygiéniques.

Illustration: certaines femmes décident d'abandonner toutes protections hygiéniques. — Martin Lee / Rex Featur/REX/SIPA

Oubliés les tampons, mooncup et serviettes hygiéniques, certaines femmes décident de contrôler leurs règles. Baptisée « flux instinctif libre » ou « free flow instinct », cette technique vient tout droit des Etats-Unis et depuis peu de nombreuses jeunes Françaises en sont « gagas ». Censée être écologique pour la planète et pour le corps, elle repose sur un principe simple : apprendre à s’écouter pour empêcher le sang de couler lors des menstruations.

« J’étais obligée d’aller aux toilettes toutes les demi-heures »

Pour pratiquer « le flux instinctif », il suffirait de contracter son périnée pour retenir le flux à l’intérieur, le vagin marcherait comme un sphincter. « Le sang est sacré, c’est le sang de la conception, le retenir c’est beau », raconte Aurélia Dabon, thérapeute humaniste qui pratique cette méthode depuis deux ans. Selon elle, un peu d’entraînement au cours des 2/3 premiers cycles) suffirait. « Au début, j’étais obligée d’aller aux toilettes toutes les demi-heures pour évacuer. Mais au fur et à mesure on peut tenir plusieurs heures », explique-t-elle. La nuit, en position couchée, le flux se mettrait au repos et le vagin se contracterait naturellement. Cette pratique atténuerait les douleurs et permettrait de vivre ses menstruations sans stress « Je vis mieux mes règles et je ne sens plus rien » explique Aurélia.

Ce témoignage, tout comme ceux de nombreuses bloggeuses, laissent le corps médical assez sceptique. « Pour moi, c’est difficile à croire parce qu’on peut serrer les fesses une journée mais certainement pas la nuit et sur la durée », explique le Dr Jacques Lansac, gynécologue obstétricien au CHU de Tours, soulignant que d’un point de vue physique, le vagin n’est pas un sphincter et ne peut pas marcher comme la vessie ou l’anus. « Le vagin possède un muscle aux extrémités qui peut-être plus ou moins entraîné mais pas au point de retenir tout le sang », explique aussi Martine Mirau, gynécologue.

En revanche, les avis sont plus partagés sur les éventuels risques cette pratique. Garder les flux à l’intérieur de son corps « c’est comme la cup, mais sans cup donc ce n’est pas spécialement risqué », estime le Dr Mirau.

Le docteur Jacques Lansac le déconseille cependant vivement : « le sang doit s’écouler, le vagin n’est pas stérile, c’est un milieu de culture et ça risque de favoriser une multiplication bactérienne. », explique-t-il. Pour ce spécialiste, l’idée selon laquelle le « flux instinctif libre » serait une alternative aux tampons et les serviettes jugées toxiques est donc une erreur : « parfois certaines femmes oublient leur tampon dans leur vagin, on doit leur retirer et ça sent mauvais, c’est ça qui cause des problèmes, retenir le sang c’est pareil », rappelle-t-il.

Même doute sur la possibilité de réduire la douleur provoquée par les menstruations. Ces douleurs ont une cause tout à fait physique : l’utérus se contracte pour dégager le sang du vagin, cette contraction est douloureuse. « La douleur ne peut pas disparaître parce que l’on retient son flux, c’est dans la tête », s’exclame le Dr Jacques Lansac.

« C’est une image pour se sentir plus forte »

Pour la psychanalyste Geneviève Morel, auteur de Ambiguïtés sexuelles, Sexuation et psychose (Anthropos, 2000), la pratique du « flux instinctif » reposerait avant tout sur certaines croyances : « je pense que c’est un fantasme autour de la conception », explique-t-elle, rappelant que ces jeunes femmes parlent souvent de « sang sacré », un terme qui représenterait le sang qui va nourrir la fécondation.

Le retour à la nature serait donc une mauvaise excuse : « si elles avaient envie d’être naturelles, elles laisseraient justement leur sang s’écouler », estime la psychanalyste. Mais le fait de se contrôler ne répondrait pas non plus à un déni de féminité, car certaines pilules existent justement pour éviter les règles durant plusieurs mois. « C’est plutôt une image pour se sentir plus forte », note-t-elle.

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