Comment bien grandir quand on a vécu dans une extrême précarité ? Selon un rapport publié ce mardi par Unicef, plus de 3 millions d’enfants vivent sous le seuil de pauvreté en France, soit un sur cinq. Avec, à court et long terme, des conséquences multiples et ravageuses. Car « plus un enfant vit une privation matérielle importante, plus il rencontre des difficultés dans son environnement familial, dans son quartier, à l’école, etc... », note l’Unicef. Selon une étude qu’elle a réalisée en 2013, 17,7 % des enfants et des adolescents de notre pays se retrouvent ainsi en situation d’intégration sociale précaire ou très précaire.

La crise frappe les enfants de plein fouet. De 2008 à 2012, 440.000 enfants supplémentaires ont plongé avec leurs familles dans la pauvreté. Beaucoup cumulent les difficultés et les inégalités. « Les enfants payent le plus lourd tribut à la crise économique car la pauvreté entrave considérablement leur développement, les vulnérabilise durablement et gage leur avenir », observe l’agence.

Insécurité permanente

Vivre sous le seuil de pauvreté génère d’abord un sentiment d’insécurité permanente. « C’est une angoisse et une préoccupation au quotidien pour les enfants, car leurs conditions de vie sont très précaires », explique Nathalie Serruques, responsable de la mission enfance en France auprès de l’Unicef. Il arrive souvent qu’ils soient obligés de prendre le relais des parents, « écroulés sous les difficultés », sans avoir la possibilité de souffler.

Les répercussions sont aussi évidemment sanitaires. L’accès aux soins, en particulier tout ce qui a trait à la prévention, est problématique. « Au quotidien, les problèmes de dents ou de vue se transforment en difficultés extrêmes », poursuit Nathalie Serruques.

Difficultés à se chauffer, problèmes de saturnisme dans les habitations, alimentation insuffisante ou déséquilibrée… L’environnement dégradé dans lequel ces enfants grandissent a lui aussi un impact majeur sur leur santé.

30.000 enfants SDF

Les conséquences sont encore pires pour les 30.000 enfants sans domicile fixe et les 9.000 vivant dans des bidonvilles. Des situations extrêmes qui engendrent, en outre, des problèmes de scolarisation. « Quand les familles changent de foyer d’hébergement et qu’elles veulent que l’enfant puisse continuer à l’école, cela implique 1 à 2h de trajet », remarque la responsable Unicef.

Le risque de décrochage scolaire existe. Entre 140.000 et 150.000 enfants lâchent l’école chaque année en France, selon Unicef, même si tous ne vivent pas sous le seuil de pauvreté.

A long terme, les conséquences de la pauvreté des enfants sont lourdes : difficulté à accéder à un emploi, un logement, et plus largement, à s’insérer dans la société. « En dépit d’efforts considérables (…), la France échoue en partie à l’égard de l’enfance et de la jeunesse et ce sont les plus fragilisés par la pauvreté, l’exclusion sociale, les discriminations, mais aussi par cette période si particulière qu’est l’adolescence, qui en payent le plus lourd tribut », s’inquiète Michèle Barzach, présidente de l’Unicef France, dans le rapport.

L’agence appelle le gouvernement à « arrêter d’avoir une approche seulement par les allocations », selon Nathalie Serruques, et préconise de « nouveaux modèles » répondant aux privations dont ces enfants sont victimes.

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