Orthographe: «Faire des fautes n'est pas lié à l'intelligence»

INTERVIEW A l’occasion de la publication ce jeudi du premier baromètre dédié au niveau d’orthographe des Français, le formateur Dominique Marchand explique à «20 Minutes» que l'orthographe prend de plus en plus d'importance...  

Propos recueillis par Lison Lagroy

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70% des fautes d'orthographe sont en réalité des fautes d’inattention.

70% des fautes d'orthographe sont en réalité des fautes d’inattention. — LYDIE/SIPA

« Je vous joins » ou « Je vous joints » un document ? Depuis quelques années, les entreprises traquent les fautes d’orthographe de leurs employés, qui pourraient ternir l’image de l’entreprise. Résultat, les programmes pour inciter les salariés à mieux écrire se multiplient. Dominique Marchand, coach et formateur en orthographe, nous explique pourquoi ces formations ont de plus en plus de succès alors q’une enquête publiée jeudi révèle que le niveau des Français en orthographe a baissé entre 2010 et 2015.

A quel moment les gens prennent la décision d’aller voir un coach ?

Je suis contacté par les entreprises pour leurs employés, ou directement par les employés eux-mêmes, quand ils sentent que la situation n’est plus tenable. Le déclic est souvent le même pour tous : quand les fautes deviennent un frein trop important, surtout quand les employés accèdent à un poste important. Je constate qu’au sein du public qui m’est envoyé, il y a une forte propension d’ingénieurs (environ 30 %). Pendant leurs études scientifiques, ils n’ont pas forcément fait, ni eu à faire, attention à leur orthographe. Quand ils accèdent à des postes à haute responsabilité, ils regrettent. Dans mes formations, il y a tout type de personnes : femmes, hommes, jeunes, moins jeunes… Il n’y a pas de règle.

Faire des fautes serait donc plus handicapant pour certaines personnes que pour d’autres ?

Forcément, quand on occupe un poste à responsabilité ou qui requiert un haut niveau d’études, il est attendu de nous de ne pas faire trop de fautes, idéalement de ne pas en faire du tout ! Il est compliqué de cacher le fait de faire des erreurs : contrairement à ceux qui sont mauvais en maths et qui peuvent garder cela secret. Les fautes d’orthographe se voient.

Il est aujourd’hui devenu honteux de faire des fautes d’orthographe ?

Dans l’esprit des gens, oui. Peu de personnes reconnaissent facilement qu’elles font des fautes d’orthographe, et cela pour une raison toute simple : cela renvoie à l’image du cancre, de l’élève mauvais à l’école. Pourtant, il ne faut pas oublier que l’orthographe n’est pas liée à l’intelligence.

En fait-on plus qu’avant ?

Je suis formateur depuis 2009 et je ne trouve pas que le niveau baisse… Simplement, la question de l’orthographe prend de plus en plus d’importance et donc, on en parle plus. Mais elles ont toujours existé !

Comment expliquer que l’on fasse des fautes d’orthographe ?

Je distingue deux catégories de fautes : les fautes grammaticales (terminaisons de verbe, les accords des participe passé) et les fautes lexicales (comme oublier le « h » de orthographe !). Si ces dernières sont corrigées par le correcteur orthographique du traitement de texte de l’ordinateur, il est moins efficace sur les fautes grammaticales. Les gens qui ont des difficultés (et les autres) ont énormément recours à cette aide, alors qu’elle ne corrige en général qu’une faute sur trois ou quatre. Avec les nouveaux comportements (vitesse d’exécution, multiplication de la communication par SMS…), on prend de moins en moins la peine de se relire car on fait tout rapidement. Résultat : des fautes…

Comment contrer cela ?

Il existe des méthodes et astuces pour éviter de faire des erreurs d’orthographe. 70 % des bévues sont des fautes d’inattention ! Mais la relecture classique ne marche pas forcément : au lieu de repérer les fautes d’orthographe, on a tendance à réfléchir au texte en lui-même (A-t-il du sens ? Ne devrais-je pas mettre cette phrase à la place de l’autre ?….). Il y a une autre solution : relire dans le sens inverse, à savoir de droite à gauche et de bas en haut. En faisant cela, on se préoccupe moins du sens du texte que dans le bon ordre. Selon mes stagiaires, cette méthode fonctionne. Améliorer son niveau d’orthographe, c’est comme perdre du poids : il faut se donner les moyens pour y arriver et s’accrocher. Après, on se sent fier du travail accompli et du résultat obtenu.