Affaire Outreau: Chronologie d'un fiasco judiciaire en 10 dates

JUSTICE L'affaire de pédophilie a éclaté il y a quinze ans...

L.C.

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Thierry Delay et Myriam Badaoui le 8 Juin 2004 au palais de justice de Saint-Omer (Pas-de-Calais).

Thierry Delay et Myriam Badaoui le 8 Juin 2004 au palais de justice de Saint-Omer (Pas-de-Calais). — PHILIPPE HUGUEN / AFP

Daniel Legrand fils, l’un des treize acquittés d’Outreau, comparaît depuis mardi devant la cour d’assises des mineurs d’Ille-et-Vilaine, à Rennes. Ce procès est le dernier épisode de l’affaire de pédophilie d’Outreau, qui a défrayé la chronique judiciaire au début des années 2000.

Décembre 2000

« Papa me fait l’amour ! », « maman a mis son devant dans ma bouche », affirme Dimitri, 8 ans, à sa famille d’accueil. Tout commence par les accusations des enfants de Myriam Badaoui et Thierry Delay, un couple habitant le quartier de la Tour du renard à Outreau dans le Pas-de-Calais. Leurs quatre fils ont été placés en famille d’accueil à la demande de leur mère, car leur père est violent. Les services sociaux signalent les soupçons d’abus sexuels à la direction de l’enfance (DEF) du Pas-de-Calais.

22 février 2001

La justice ouvre une information judiciaire, confiée au juge d’instruction Fabrice Burgaud, récemment diplômé. En plus de leurs parents, les enfants accusent plusieurs adultes de les avoir violés. Ils désignent d’autres jeunes victimes.

Le couple Delay-Badaoui est placé en détention provisoire. Lui nie les faits tandis qu'elle les reconnaît et accuse d’autres adultes d’avoir commis des faits similaires. L'enquête s’oriente vers un réseau pédophile entre la France et la Belgique et les arrestations se multiplient au cours de l’année 2001.

9 juin 2002

L’un des suspects écroués, François Mourmand, meurt à 32 ans d’une overdose de médicaments à la maison d’arrêt de Doaui.

4 mai 2004 

Le procès des 17 suspects s’ouvre à la cour d’assises de Saint-Omer. Ils sont poursuivis pour des viols et agressions sexuelles présumés sur dix-sept mineurs, de 1995 à 2000. Sept d’entre eux sont acquittés le 2 juillet. 

Le couple Delay-Badaoui et un couple de voisins, Aurélie Grenon et Thierry Delplanque, reconnaissent les faits et écopent de peines de prison ferme (dont 20 pour Thierry Delay). Six condamnés décident de faire appel. 

18 novembre 2005

Coup de théâtre : Myriam Badaoui innocente tous les accusés, sauf son époux et un couple de voisins, lors du procès en appel à la cour dassises de Paris. « Rien n’est vrai. Je suis une malade et une menteuse. »

Le 1er décembre, les six condamnés sont acquittés par la cour d’assises de Paris. Certains d’entre eux ont passé trois années en prison. Au total, treize personnes ont été acquittés dans l'affaire Outreau. Le 5 décembre, le président Jacques Chirac leur présente les « regrets et excuses » de l’Etat.

Les six acquittés d'Outreau posent avec leurs avocats le 1er décembre 2005: Lydia Mourmand, soeur de François Mourmand (mort en prison en 2002), Alain Marecaux, Daniel Legrand, Franck et Sandrine Lavier, Thierry Dausque et l'abbé Dominique Wiel. - STEVENS FREDERIC/SIPA

9 juin 2006

Une enquête administrative ouverte en janvier 2006 conclut à l’absence de faute disciplinaire des magistrats, qui écoperont de sanctions a minima. Ainsi, le procureur de Boulogne Gérald Lesigne sera prié de quitter ses fonctions par la ministre de la Justice Rachida Dati en juillet 2008, avant d’être nommé à Rouen.

Le juge d’instruction Fabrice Burgaud se verra infligé en avril 2009 une « réprimande avec inscription au dossier » (la sanction la plus basse possible) par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM).

Lire aussi : Le juge Burgaud devant ses pairs

Septembre 2011

Après avoir purgé les deux tiers de sa peine de 15 ans de prison, Myriam Badaoui est libérée.

23 février 2012

Deux des acquittés d’Outreau, Franck et Sandrine Lavier, sont condamnés à 10 et 8 mois de prison avec sursis pour « violences habituelles » sur deux de leurs enfants.

26 juin 2013

Le parquet de Douai annonce le renvoi de Daniel Legrand fils devant les assises pour mineur pour viols et agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans alors qu’il était mineur.

Lire aussi: Pourquoi le procès de Daniel Legrand fils fait polémique

19 mai 2015

Dix ans après avoir été acquitté pour les faits dont il était accusé lorsqu’il était majeur, Daniel Legrand fils comparaît devant la cour d’assises des mineurs d’Ille-et-Vilaine, à Rennes. Les audiences doivent se poursuivre jusqu’au 5 juin.