L'ex-trader Jérôme Kerviel à la Cour d'appel de Versailles, le 15 avril 2015
L'ex-trader Jérôme Kerviel à la Cour d'appel de Versailles, le 15 avril 2015 - Thomas Samson AFP

« La Société générale ne pouvait pas ignorer les agissements de Jérôme Kerviel », ceux-là même qui auraient entraîné une perte nette de 4,9 milliards d’euros pour la banque. Cette bombe, qui pourrait entraîner une révision du procès Kerviel par la justice, c’est Nathalie Le Roy qui vient de la larguer, l’ancienne commandante de la Brigade financière de Paris, chargée de mener les investigations au cours des deux enquêtes ouvertes en 2008 puis en 2012. Convoquée par le juge d’instruction Roger Le Loire, comme le révèle Mediapart, l’enquêtrice a fait part de ses doutes et révélé l’existence d’éléments qui démontreraient que des dirigeants de la banque avaient connaissance des agissements de l’ex-trader.

Inexpérimentée au moment de la première enquête

« J’ai été saisie de l’affaire le 24 janvier 2008. Ce dossier m’a été attribué alors que je n’avais aucune connaissance boursière », explique Nathalie Le Roy au juge d’instruction. L’ancienne commandante de la brigade financière le reconnaît : cet univers où de telles sommes sont en jeu ne lui est pas familier lorsqu’elle prend les rênes de la première enquête.

Elle admet d’ailleurs s’en être remise aux éléments et témoignages fournis par la direction de la banque. « C’est la Société générale elle-même qui m’adresse les personnes qu’elle juge bon d’être entendues. Je n’ai jamais demandé : "Je souhaiterais entendre telle ou telle personne." C’est la Société générale qui m’a dirigé tous les témoins », explique-t-elle, d’après le compte rendu de l’audition que Mediapart s’est vraisemblablement procuré. D’ailleurs à ce moment-là, pour elle, la culpabilité de Jérôme Kerviel ne fait aucun doute.

En quête de justice

Une condamnation de Kerviel et un deuxième procès plus tard, intenté par ce dernier pour faux, usages de faux et escroquerie au jugement, Nathalie Le Roy est à nouveau chargée de mener l’enquête préliminaire. Entre-temps, l’enquêtrice s’est rôdée en matière d’affaires boursières, elle qui s’en est vue confier un paquet entre 2008 et 2012. Avec un œil nouveau et à la lumière de nouveaux éléments présentés par David Koubbi, le nouvel avocat de l’ex-trader, Nathalie Le Roy constate des dysfonctionnements et des zones d’ombre dans le dossier. Et commence à douter.

Ses doutes, l’enquêtrice en a d’abord fait part à sa hiérarchie. Puis au Parquet. Et a tenté de creuser un peu plus en demandant de nouvelles expertises, qui ne lui ont pas été accordées. « J’ai eu le sentiment d’avoir été instrumentalisée par la Société générale », livre-t-elle au juge d’instruction, persuadée que le Parquet de Paris souhaitait aussi enterrer l’affaire.

Une enquêtrice respectée

Mais pourquoi parler aujourd’hui alors ? « Je ne me suis jamais manifestée pour ne pas interférer dans le cours de la justice, mais j’avoue que ma convocation aujourd’hui m’apporte un soulagement. Je me suis très longtemps remise en question », confie Nathalie Le Roy face au juge Le Loire. « A partir du moment où elle est convoquée devant le juge d’instruction, elle témoigne. C’est quelqu’un qui respecte parfaitement les règles de sa profession », assure Martine Orange, journaliste à Mediapart et auteure de l’article sur l’ancienne commandante, interrogée ce lundi sur BFMTV.

Et dans la profession, la parole de l’enquêtrice est respectée. « J’ai eu à travailler avec elle dans de nombreuses enquêtes. Je connais son professionnalisme et sa rigueur », confie à son sujet l’ancienne magistrate Eva joly. Sûre de la fiabilité de l’ancienne commandante, Eva Joly voit dans ces dernières révélations le signe que le procès doit être révisé.

 

L'ouverture d'un nouveau procès sur les pertes de la Société générale est prévue en janvier 2016.

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