Insécurité des Chinois à Paris: La résurgence de la grogne pilotée par Pékin?

SECURITE Une pétition dénonçant les agressions à répétition agite la communauté asiatique de la capitale…

William Molinié

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Paris le 29 janvier 2012. Quartier chinois 13e arrondissement av de Choisy. Av d'Ivry.Defile du Nouvel  An Chinois.

Paris le 29 janvier 2012. Quartier chinois 13e arrondissement av de Choisy. Av d'Ivry.Defile du Nouvel An Chinois. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Un «appel au secours» face à «la hausse des agressions». Intox? Une pétition, revendiquant 20.000 signatures, circule depuis quelques semaines au sein de la communauté asiatique pour protester contre l’insécurité grandissante dont elle se dit victime. «Le malaise est profond», a assuré à l’AFP Taki Zhang, porte-parole du collectif à l’origine de la pétition qui sera envoyée à Matignon et au Parlement.

Le bien-fondé des inquiétudes de la communauté asiatique est difficile à vérifier en raison de l’absence de statistiques policières concernant les communautés. Et l’ancien président de l’association Chinois de France, Donatien Schramm, tient à relativiser le mécontentement. «Il y a eu quelques faits divers ces derniers temps. On en a beaucoup parlé dans la presse chinoise, pas dans la presse française. Ça a réveillé la communauté, mais la situation est bien meilleure qu’elle n’a pu l’être», explique-t-il.

Un collectif progouvernemental

Au début des années 2010, la communauté chinoise avait fortement manifesté à Paris pour protester contre l’insécurité dont elle faisait l’objet. Racket, vols à la tire, cambriolages… «L’ambassade chinoise s’était fait dépasser par l’événement. Désormais, elle préfère prendre les devants en étant à l’origine de la mobilisation», poursuit Donatien Schramm qui fait remarquer que le collectif à l’origine de la pétition est «progouvernemental».

«La main de l'ambassade est derrière», reconnaît sous couvert de l'anonymat un membre d'une association signataire de la pétition. «On voulait faire une manifestation. Mais l'ambassade a dit qu'il ne fallait pas nuire à la réputation des Chinois en France. Alors tout le monde est tombé d'accord sur l'idée d'une pétition pour faire du buzz et faire passer des messages.»

Pas de grogne particulière

Par ailleurs, cette lettre distribuée au sein de la communauté asiatique survient quelque temps après qu’un ancien chef d’entreprise chinois a été dépouillé dans un train en France. De retour en Chine, ce dernier a rapporté directement l’événement au Premier ministre.

«J’ai passé une bonne partie de l’après-midi dans le quartier chinois, pas une seule personne ne m’a parlé de cette pétition. Il n’y a pas de réaction vive récente», assure Jérôme Coumet, maire PS du 13e arrondissement de Paris. Le correspondant au bureau parisien de l’agence de presse Chine nouvelle (Xinhua) avance lui aussi qu’il n’a pas perçu ces dernières semaines la résurgence d’une grogne particulière. «J’ai des amis qui se sont fait voler leur iPhone dans le métro. Mais je pense que Paris est sécurisé et que c’est surtout les Asiatiques qu’il faut éduquer pour qu’ils aient moins de liquidité sur eux», confie Sa Zhou.

Aucune manifestation déclarée

Pendant longtemps, la communauté asiatique à Paris a vécu repliée sur elle-même. Mais petit à petit, elle tend à s'ouvrir et faire parler d'elle. «Par exemple, il y a quelques années, la loi du silence régnait au sein de la communauté. Même lorsqu'elle était victime de règlements de comptes. Aujourd’hui, elle dépose beaucoup plus plainte, surtout la deuxième génération, celle qui a des biens et des avoirs à protéger», remarque Stéphane Trouilloud, délégué syndical d’Alliance dans le 13e arrondissement.

Les acteurs de cette pétition prévoient des rassemblements à venir dans la capitale. Mais selon nos informations, aucune manifestation n’a été déclarée ces derniers jours à la préfecture de police. L'ambassade chinoise à Paris n'était pas en mesure, dans l'immédiat, de répondre à nos questions.

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