Quand l’amitié conduit à se rendre complice d'un meurtre

MEURTRES Le thème du film «Nos femmes», qui sort ce mercredi au cinéma, est récurrent dans la rubrique des faits divers...

N.Beu.

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Le vicomte Amaury d'Harcourt au tribunal de Montpellier, le 10 janvier 2010.

Le vicomte Amaury d'Harcourt au tribunal de Montpellier, le 10 janvier 2010. — DAMOURETTE/SIPA

Comment peut-on se rendre complice d’un meurtre par amitié? Le sujet passionne visiblement les cinéastes français. Après Sans laisser de traces, en 2010, le film Nos femmes, réalisé par Richard Berry, sort dans les salles obscures ce mercredi. Avec Daniel Auteuil et Thierry Lhermitte, notamment, il raconte l’histoire d’un homme qui étrangle sa femme et demande ensuite à deux de ses amis de lui fournir un alibi. A l’occasion de la sortie du film, 20 Minutes vous replonge dans trois histoires récentes de crime et d’amitié.

L’affaire Mazières

Dans la nuit du 23 au 24 décembre 2010, Bernard Mazières, un journaliste de renom, est assassiné à son domicile de Saint-Germain-des-Prés, à Paris. Son assassin? Son fils de 17 ans. Ou plutôt, techniquement, l’ami de son fils, âgé de 25 ans. Depuis deux ans, les deux jeunes gens entretiennent une relation toxique. Alors quand le fils Mazières décide d’en finir avec un père qui ne comprend pas son mal-être, il s’en remet logiquement à cet ami, un toxicomane qui a déjà commis des faits de violence et se vante d’avoir déjà tué un «dealer». Un soir, celui-ci frappe le journaliste à coups de marteau puis l’achève en lui enfonçant un couteau dans la gorge. Pour faire croire à un cambriolage qui a mal tourné, il lui subtilise son portefeuille et utilise sa carte bancaire pour régler des achats. Mais la vérité finit par éclater; démasqués, les deux jeunes gens seront finalement reconnus coupables. Le fils de Bernard Mazières purge actuellement une peine de treize ans de prison ferme, tandis que son complice a, lui, écopé de vingt ans de prison ferme.

L’affaire Bissonnet

Elle met notamment en scène un mari, son jardinier et son ami vicomte. Le 11 mars 2008, Bernadette Bissonnet trouve la mort à Castelnau-le-Lez, dans l’Hérault, dans la somptueuse maison qu’elle possède avec son époux, Jean-Michel. Très vite, Méziane Belkacem, leur jardinier, avoue avoir tiré sur la victime à deux reprises à l’aide d’un fusil de chasse, sur demande du maître de maison. Son mobile: les 30.000 euros que lui a fait miroiter ce dernier. Mais Belkacem indique aussi avoir été aidé par le vicomte Amaury d’Harcourt, un ami de Jean-Michel Bissonnet, qui admet avoir apporté son aide pour préparer le crime et avoue avoir jeté l’arme du crime dans le Lez. Lui n’a pas vraiment de mobile, si ce n’est un «sens hors du commun de l’amitié», selon l’expression utilisée par le parquet lors du procès. Il écopera finalement en novembre 2011 de huit ans de prison, avant d’être libéré l’année suivante. Jean-Michel Bissonnet purge pour sa part une peine de vingt ans de prison, comme Méziane Belkacem.

L’assassinat de Cavignac

C’est l’histoire dans l’histoire. Il y a d’abord l’assassinat de Cyrille Boutin, tué lors d’une partie de chasse le 30 octobre 2011 à Cavignac, en Gironde, par sa propre compagne et son amant. Un crime pour lequel ils ont été condamnés en 2013 à 18 et 30 ans de réclusion criminelle en première instance. Mais au tribunal, trois complices étaient également jugés: la mère et le beau-père de l’accusé, qui ont notamment confirmé son alibi et brûlé le tapis de sol de sa voiture où était posée l’arme du crime, ainsi qu’un ami, qui l’avait cachée sous un matelas. Selon son avocat, celui-ci «a agi sans intérêt ni contrepartie, par amitié. Il n'a pas su dire non à la femme qui lui a un jour tendu la main. Mais il s'est lui-même sanctionné et s'est rendu malade.» Une explication à laquelle la justice a été sensible. Cet ami n’a finalement écopé que de prison avec sursis.

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