Le métro parisien, illustration.
Le métro parisien, illustration. - A. GELEBART / 20 MINUTES

Au mieux, c’est juste un sifflement. Au pire, une véritable agression de la part d’un homme qui profite de l’affluence d’un métro ou d’un bus pour se frotter à vous. Le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE/fh) doit remettre, ce jeudi matin, des recommandations à Pascale Boistard, secrétaire d’Etat chargée des Droits des femmes, pour que cesse le harcèlement sexuel dans les transports en commun. Coprésidente de la commission «Violences de genre» au sein du HCE/fh, Ernestine Ronai décrypte, pour 20 Minutes, le phénomène et détaille ses recommandations.

Dans votre rapport, vous assurez que 100% des utilisatrices de transport en commun sont victimes, au moins une fois dans leur vie, d’une forme de harcèlement sexuel. Expliquez-nous ce phénomène?

Le chiffre atteint 100% car la plupart des utilisatrices ne sont pas forcément conscientes d’avoir été victimes de harcèlement. Le phénomène peut commencer par un sifflement ou une remarque sur la longueur d’une jupe pour se transformer en insulte ou bien pire en une véritable agression quand un frotteur profite de l’affluence d’un métro pour se masturber devant vous.

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«Les victimes ne sont pas forcément conscientes», dites-vous. Il y a donc une banalisation de ce sujet?

Oui, car les agresseurs ont l’impression d’agir en toute impunité, notamment en profitant du monde pour se cacher et s’enfuir. Les femmes ne savent pas mettre de mots sur ce qu’elles vivent dans les transports. Il faut rappeler qu’une main aux fesses, c’est une agression sexuelle punie de cinq ans de prison et de 75.000 euros d’amende.

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Les transports en commun ne peuvent, selon vous, pas être un lieu de drague?

Si, bien sûr. Nous disons, oui à la séduction. Mais non aux mains aux fesses. Toucher les fesses, les seins, le sexe, la bouche ou les cuisses d’une jeune femme sans son accord, c’est une agression sexuelle. C’est illégal.

La lutte contre ce phénomène passe donc, d’abord, par la pédagogie et la prévention?

Absolument. Il faut éduquer les femmes pour leur faire comprendre que ce qu’elles vivent n’est pas normal. Mais surtout il faut le faire comprendre aux agresseurs et aux témoins. L’affaire de Lille, en 2014, où une femme a été agressée sans que personne alentour ne réagisse est inadmissible.

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Que préconisez-vous dans votre rapport?

Plusieurs choses simples. D’abord de communiquer sur le fait que le harcèlement dans les transports est puni par la loi. Par des affiches, des flyers. Il existe d’ailleurs un numéro de téléphone (le 3117) qui est un numéro d’alerte à la SNCF. Nous demandons que ce numéro soit imprimé sur les tickets de transport. Ce n’est pas très compliqué. Ensuite, il faut former les agents des sociétés de transports, les chauffeurs de bus et les personnels au guichet. Ils doivent savoir comment prendre en charge une femme qui vient de se faire agresser. Savoir quoi lui dire, en somme.

Vous demandez aussi d’expérimenter le système «d’arrêt entre deux stations». De quoi s’agit-il?

C’est une initiative qui a été testée avec succès dans des bus au Canada. Passée une certaine heure le soir, les jeunes femmes peuvent demander au chauffeur de les arrêter entre deux stations afin de rentrer plus vite chez elle. De cette manière, elles ont moins de trajet à parcourir à pied et moins de risque. Cela a renforcé le sentiment de sécurité.

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