Loi sur le renseignement: Le mouvement de contestation prend de l’ampleur

POLITIQUE Les opposants au projet de loi sur le renseignement recueillent de plus en plus de soutiens alors que le texte est débattu à l’Assemblée nationale…

Vincent Vantighem

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Manifestation dans les rues de Paris contre le projet de loi sur le renseignement, le 13 avril 2015

Manifestation dans les rues de Paris contre le projet de loi sur le renseignement, le 13 avril 2015 — ERIC FEFERBERG AFP

Difficile de les imaginer en train de manifester ensemble. Et pourtant, quelques militants de La Manif pour tous et d’autres de l’association Act Up se sont retrouvés devant l’Assemblée nationale pour protester contre le projet de loi sur le renseignement. Alors que le texte est débattu par les députés en «procédure accélérée» jusqu’à jeudi, le mouvement de contestation prend de l’ampleur dans la société civile.

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A commencer par le monde de l’économie numérique qui s’est distingué, mardi matin, avec la sortie du site «Ni Pigeons, ni espions». Ralliées sous cette bannière, une trentaine d’entreprises agissant sur le net y pointent les risques pour l’économie si la toile française venait à devenir un nid d’espions, notamment grâce aux fameuses «boîtes noires» placées chez les fournisseurs d'accès. Selon elles, cela reviendrait à «sacrifier l’avenir numérique de la France, ses emplois et sa contribution à l’économie française», en raison de la «perte de confiance à venir des clients».

«On harcèle les députés. Certains changent d’avis»

Adrienne Charmet n’a pu s’empêcher de sourire en découvrant ce site. Porte-parole de la Quadrature du net, association de défense des libertés sur Internet, elle regrettait d’avoir prêché seule dans le désert pendant des semaines sur le sujet. «Depuis lundi, nous voyons plein d’associations rejoindre notre combat, s’exclame-t-elle auprès de 20 Minutes. Même au sein de la classe politique, cela commence à bouger.»

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Illustration avec l’initiative «Sous surveillance». Affichant les coordonnées de tous les députés de France sur ce site, la Quadrature du net a demandé à ses militants de les appeler un par un pour tenter de les convaincre de voter contre le projet de loi. «On les harcèle, reconnaît Adrienne Charmet. Mais cela marche. Certains changent d’avis.»

Capture du site «Sous Surveillance» contre le projet de loi sur le Renseignement. - SOUS SURVEILLANCE

Manuel Valls: «Vous êtes à côté de la plaque!»

Et non des moindres… Lundi soir, les députés (UMP) Pierre Lellouche et Claude Goasguen ont émis de sérieuses réserves sur le texte. Alors qu’elle avait, dès le départ, annoncé son intention de voter le texte, au nom de la lutte antiterroriste, l’UMP est en effet en train de s’engouffrer dans la brèche de cette contestation grandissante.

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Patron des députés UMP, Christian Jacob a ainsi regretté que le Premier ministre refuse en bloc tous les amendements soumis par son groupe. S’agissant du vote, il précise: «Nous restons sur un bon état d’esprit et nous verrons comment le débat va se terminer mais il est mal engagé», tout en conseillant à Manuel Valls de «prendre des vacances».

Ce n’est pas au programme du Premier ministre. Redescendant dans l’arène du palais Bourbon, mardi après-midi, le locataire de Matignon a de nouveau défendu le texte de son gouvernement arguant que les contestataires étaient «vraiment à côté de la plaque». «Si cela nous permet d’obtenir au moins la suppression d’un article de ce projet, je vais continuer d’être à côté de la plaque», sourit Adrienne Charmet.

Une pétition recueille plus de 60.000 signatures

Lancée, lundi, par le politologue Thomas Guénolé sur la plate-forme Change.org, une pétition demandant le retrait du projet de loi sur le renseignement avait recueilli mardi plus de 60.000 signatures.