Au collège Flavien, l'éducation aux médias fait école

REPORTAGE A l’occasion de la 26e semaine de la presse et des médias dans l’École, «20 minutes» a assisté à une séance de sensibilisation aux médias dans un collège parisien...

Delphine Bancaud

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Une séance d'éducation aux médias, dans le cadre de la semaine d’éducation aux médias, à Paris 12e, le lundi 23 mars 2015. Lancer le diaporama

Une séance d'éducation aux médias, dans le cadre de la semaine d’éducation aux médias, à Paris 12e, le lundi 23 mars 2015. — Philippe DEVERNAY/MENSR

La liberté de la presse, ils ont vraiment compris ce que c’était après l’attentat contre Charlie Hebdo en janvier dernier. Alors ce lundi matin, les élèves de 6e du collège Flavien de Paris ne perdent pas une miette de la séance d’éducation aux médias. Et la visite des ministres de l’Education et de la Culture, Najat-Vallaud-Belkacem et Fleur Pellerin, ne semble guère troubler leur concentration.

Exit le cours théorique et rébarbatif sur les médias. Isabelle Miskovsky, l’enseignante documentaliste, épaulée de sa collègue d’Histoire-géographie a choisi de privilégier l’interactivité. Elle cherche d’abord à savoir quels médias ses élèves connaissent et consultent. Plusieurs d’entre eux citent des titres de journaux gratuits, mais aussi France 2, l’Equipe, Libération ou Le Parisien. «Ma mère achète Télé Star chaque semaine», annonce aussi un élève. Preuve que certains d’entre eux ne font pas la différence entre les journaux généralistes et les magazines plus légers. L'occasion de les briefer.

«Sur Internet, on est très vite submergé»

Beaucoup d’entre eux expliquent aussi surfer sur différents sites pour s’informer. «Mais quand on est sur Internet, on est très vite submergé. Ça va trop vite, alors on s’écarte des informations qu’on était venu chercher», déclare Ange. «Moi, avant les attentats, je ne m’intéressais pas à l’actualité, mais maintenant dès que quelque chose d’important se passe, j’ai le réflexe de consulter Internet», témoigne de son côté Wali. L’enseignante souligne alors les bienfaits de la presse écrite «pour prendre du recul face à un événement».

Pour ne pas lasser son auditoire, Isabelle Miskovsky alterne aussi les supports. La voilà qui projette une dépêche AFP relatant le crash aérien en Argentine lors de l’émission Dropped. L’occasion pour l’enseignante d’expliquer la mission de l’AFP et le travail qu’effectuent les journalistes à partir d’une dépêche. «Quelles sont les questions que l’on peut se poser lorsqu’on lit ce type d’article?», interroge-t-elle. «Quoi, quoi, quand, où, comment», lui répond un élève, sûr de son fait.

La théorie du complot n’a pas pris chez eux

Les élèves sont ensuite amenés à comparer les Unes du Parisien et du Monde sur l’événement. «Quel est le registre utilisé dans celle du Parisien?», interroge l’enseignante. «L’émotion», répond Hugo. «L’idée est de les amener à développer leur sens critique face à l’information», explique Isabelle Miskovsky. Un objectif d’autant plus important après les attentats de janvier, même si les collégiens n’ont pas cédé aux sirènes de la théorie du complot véhiculée sur les réseaux sociaux.

Passer de la théorie à la pratique

Mais rien ne vaut la mise en pratique pour vraiment comprendre les enjeux de la fiabilité de l’information. «Les élèves participent au blog du collège, à la création d’un spot radio et d’un clip vidéo», explique l’enseignante. Le collège a aussi son journal école Le petit Flavien. Dans le CDI, plusieurs collégiennes s’essayent d’ailleurs à l’art de l’interview en posant des questions aux deux ministres. «Est-ce que vous imaginiez devenir ministres plus jeunes?», interroge l’une d’elles.

«Cette semaine de la presse et des médias prend évidemment cette année une résonance particulière», souligne Najat Vallaud-Belkacem. «D’ailleurs 15.500 établissements se sont inscrits pour y participer cette année, soit 1.200 de plus qu'en 2014» annonce-t-elle. Et si au collège Flavien, l’éducation aux médias est délivrée tout au long de l’année, elle reste encore occasionnelle dans bon nombre d’établissements. Mais les choses devraient changer, puisque la ministre a annoncé en janvier que cet enseignement serait désormais proposé à tous les élèves à partir de la rentrée prochaine.