Nucléaire: Quatre ans après Fukushima, tout n'a pas changé en France

SECURITE Selon une association, le pays ne serait pas bien préparée dans le cas d'un accident nucléaire...

Oihana Gabriel

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Illustration de la centrale nucléaire de Fessenheim. Le 20 11 2008

Illustration de la centrale nucléaire de Fessenheim. Le 20 11 2008 — G. VARELA / 20 MINUTES

Un triste anniversaire. Le 11 mars 2011, un tsunami au Japon dévastait la centrale de Fukushima, générant une des plus importantes catastrophes nucléaires du monde. Un drame qui a posé bien des questions sur la sécurité nucléaire, notamment en France où il y a 19 centrales. Alors, quatre ans après Fukushima, qu’est-ce qui a changé?

>> Quatre ans après, que se passe-t-il à la centrale de Fukushima?

«Un noyau dur d'équipements» pour mieux protéger chaque centrale

Pour Thierry Charles, directeur adjoint de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), la sécurité des centrales est mieux assurée. «Après Fukushima, le Premier ministre a demandé à ce que les exploitants réexaminent toutes les installations en France. Première conclusion: nos centrales sont robustes.» D’autre part, deux mesures pour plus de sûreté sont mises en place. «Tout d’abord, un noyau dur d’équipements qui, en cas d’inondation, de séisme, de perte de courant, puisse maintenir la santé de l’installation. Mais cela demande des études, des ajouts de matériel, donc des années. D’autre part, EDF a prévu un programme pour une force d’action rapide. Quatre bases en retrait des centrales pourraient ainsi amener personnel, pompes, groupes Diesel pour gérer un accident.»

«Développer l'expertise ciotoyenne»

Insuffisant, tance l’Association nationale des comités et commissions locales d’information (Anccli). Cette fédération a pour mission de sensibiliser le public au nucléaire et de l'informer. «Aujourd’hui, Fukushima semble bien loin, regrette Jean-Claude Delalonde, président de l’Anccli. Tout en reconnaissant qu’«en France, on accepte que le risque zéro d’accident nucléaire n’existe pas. Mais qui sait quoi faire en cas d’accident ?» Pour lui, la culture du risque doit entrer dans les mentalités, par le biais de l’éducation, de la télévision… au même titre que la sécurité routière. Au risque de faire paniquer les Français? Pour Jean-Claude Delalonde, une information claire et transparente rassurerait les populations. Mais il va plus loin: «Les citoyens ont certainement des idées intéressantes sur la question, nous souhaitons développer l’expertise citoyenne.» A condition que le public soit renseigné. Ce qui est loin d’être le cas, souligne-t-il, prenant l’exemple récent des drones qui ont survolé certaines centrales: «Le flou entourant ce dossier est anxiogène.»

Le périmètre de sécurité en cours de redéfinition

Deuxième cheval de bataille de l’Anccli: les mesures de protection en cas d’accident. Lors des simulations, les sirènes défaillantes, l'ignorance des populations, les bouchons monstres laissent présager bien des soucis. Aujourd’hui, les habitants dans un rayon de 10 km autour d’une centrale nucléaire doivent être informés et protégés. C’est ensuite au préfet de décider, en fonction de la nature et l’ampleur de l’accident, qui doit être évacué ou confiné, qui reçoit des comprimés d’iode stable pour limiter les risques de cancer de la thyroïde… «Ce périmètre est trop limité», assure Jean-Claude Delalonde. A Fukushima, des traces de contamination ont été retrouvées à 50 km de la centrale. Et l’association de citer en exemple la Suisse qui distribue des comprimés d’iode jusqu’à 50 km autour des centrales. L’Anccli demande que ce rayon passe donc en France de 10 km à 80 km. Une proposition soutenue par l’Autorité de sûreté nucléaire et l'IRSN. «On participe aux débats actuels sur cette distance», reconnaît Thierry Charles de l’IRSN. Qui pourrait donc évoluer dans les prochains mois.