L'essayiste d'extrême-droite alain Soral pendant une conférence de presse
L'essayiste d'extrême-droite alain Soral pendant une conférence de presse - REVELLI-BEAUMONT/SIPA

L'essayiste d'extrême droite Alain Soral comparaît jeudi devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir publié une photo le présentant au Mémorial de l'Holocauste, à Berlin, en train de faire une «quenelle».

Une photo prise sur un lieu de mémoire

Fin 2013, la photo d'Alain Soral faisant une «quenelle» dans les allées de la fondation commémorative des Juifs assassinés en Europe, le Mémorial de l'Holocauste à Berlin, commencent à circuler sur plusieurs sites internet.

L'Union des étudiants juifs de France (UEJF) et l'association J'accuse ont saisi le tribunal correctionnel sur citation directe afin qu'Alain Soral y comparaisse pour injures publiques à caractère racial. Accusé d'avoir porté atteinte à la mémoire des déportés de la seconde guerre mondiale, Alain Soral affirme qu'il avait initialement posté cette photo sur sa page Facebook personnelle, explique son conseil, Me Lahcène Drici. Elle a ensuite été relayée par le site d'opinion israélien en français JSS News, puis par d'autres médias, qui lui ont donné de l'écho, toujours selon Me Drici.

En décembre 2013, Alain Soral a alors mis en ligne une séquence vidéo pour expliquer son geste.

Je ne vais plus le faire

«J'ai fait une petite quenelle là-bas qui veut bien dire que j'en ai marre de l'instrumentalisation de la souffrance des Juifs d'Europe centrale entre 1933 et 1945 utilisée aujourd'hui par le sionisme international», explique-t-il dans cette vidéo. Pour lui, l'interprétation qui a été faite de son geste relève de la méprise, argument qu'il entend reprendre devant le tribunal, selon son conseil.

«Ce n'est pas un message d'injure envers les morts de la Shoah, c'est un message d'insoumission envers les manipulateurs sionistes de la Shoah», poursuit-il dans cet enregistrement. «Comme je ne voudrais pas que ce soit mal pris, je dis bien et je le répète bien aujourd'hui que ce geste-là (il fait le geste de la quenelle) je ne vais plus le faire», annonce l'essayiste, «parce qu'on m'a dit qu'il y avait un survivant de la Shoah qui avait porté l'étoile en 40 qui avait été choqué par ce geste.

Des anciens déportés vont témoigner

Avec la participation de l'association Mémoire 2000, qui s'est jointe à la procédure, les parties civiles ont fait citer comme témoins quatre anciens déportés.

«Nous faisons témoigner des anciens déportés sur ce que leur a inspiré le geste de Soral», explique Lison Benzaquen, permanente et co-fondatrice de l'association.

Fondée en 1992, Mémoire 2000 intervient régulièrement auprès de collégiens et de lycéens, souvent par le biais de la projection d'un film, suivie d'un débat, parfois en présence de témoins. Outre l'antisémitisme, sont abordés le racisme, l'exclusion, le sexisme ou le handicap. «Je crois bien que c'est la première fois que des déportés viennent témoigner dans ce genre de procès», ajoute Mme Benzaquen.

Ce geste controversé de la «quenelle» a été inventé et popularisé par le polémiste Dieudonné. Lui et ses partisans disent y voir un geste anti-système, «subversif», quand d'autres le qualifient de signe antisémite, voire de «salut nazi». Plusieurs personnes ont déjà été condamnées en France pour avoir fait circuler un cliché les montrant en train de faire le geste de la « quenelle », devant une synagogue ou une plaque commémorative de victimes du nazisme.

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