Illustration de djihadistes de Daesh.
Illustration de djihadistes de Daesh. - Medo Halab

Il n’y a pas de photo dans les cadres. Et un seul CD se balade dans un coin. La Maison de la prévention et de la famille -un appartement en réalité- semble inhabitée. Et pour cause, personne n’y vit. Situé en Seine-Saint-Denis, ce local ultra-sécurisé sert de quartier général aux autorités françaises pour éviter que des jeunes ne partent rejoindre les rangs de Daesh en Syrie.

Leur «rendre la raison, petit à petit»

«Nous soutenons les parents dont les enfants sont malheureusement déjà là-bas, confie Sonia Imloul qui gère la «Maison». Mais surtout, nous œuvrons pour éviter que d’autres ne les rejoignent…» Avec des méthodes de contre-propagande dignes de la série télévisée Homeland. Une fois le numéro vert composé, les parents se retrouvent ainsi dans cet appartement avec pour seule consigne de ne pas le dire à leurs enfants qui sont «en voie de radicalisation».

«Il ne faut absolument pas que le jeune sache que ses parents ont saisi les autorités, annonce, comme une évidence, Sonia Imloul. Sinon, il rompt le contact avec eux et accélère son projet de départ.» Une fois le «profil» du jeune établi sur une échelle de 1 à 5, l’association va, à l’inverse, introduire dans sa vie, et à son insu, un éducateur ou un médiateur chargé de «lui rendre petit à petit la raison». Dans la rue, à la salle de sport ou à la mosquée. Et sans jamais que le candidat au départ ne se rende compte de l’attention qu’il suscite soudainement.

Des petits papiers avec l’emploi du temps de Gauthier

Attablée dans le salon devant une pile de papiers, Lydia* sourit à cette évocation. Au feutre bleu, elle a inscrit de précieuses indications sur la vie de Gauthier*, son fils âgé de 21 ans. «C’est son emploi du temps. Chaque semaine, je le note sur un papier que je glisse dans la boîte aux lettres de l’association, raconte-t-elle. Comme ça, son éducateur peut savoir où il est et le rencontrer "par hasard" pour discuter avec lui.»

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Condamné à quatre mois de prison pour un petit délit, Gauthier était sorti de détention avec le projet d’aller «mourir en martyr en Syrie». Il s'est fait embrigader par un imam autoproclamé avec qui il partageait sa cellule. «J'ai eu très peur. Mais, finalement, la méthode de l'association a porté ses fruits, s’exclame sa maman. La semaine dernière, j’ai descendu à la cave son tapis de prière et son Coran sans qu’il ne s’en émeuve…»

«Elle ne communique que par versets du Coran»

En attendant que le café passe dans la cuisine de la «Maison», Virginie* et Thibault* discutent justement d’un des passages du livre sacré de l’islam. «Après les attentats, on a brandi l’étendard de la laïcité et c’est très bien, résume Sonia Imloul. Mais, pour agir envers les jeunes, nous sommes quand même obligés de nous appuyer sur la religion.»

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Virginie acquiesce. Catholique non pratiquante, elle s’est mise à étudier le Coran pour maintenir le dialogue avec sa fille, partie en Syrie voilà plus d’un an. «Dans ses textos, elle ne communique que par sourates et versets. Il a bien fallu que je sache quoi lui répondre!» L’association s’appuie sur de «fins connaisseurs de l’islam» pour remettre les jeunes fragilisés dans le droit chemin. «Il faut entrer dans le vif du sujet», assène Sonia Imloul.

L’ampleur de la tâche est énorme. Selon le dernier bilan dressé par Manuel Valls, dimanche, 1.400 Français seraient en lien avec des filières djihadistes, dont 380 sur le sol syrien. Depuis novembre, la Maison de la prévention et de la famille suit 35 familles. Une douzaine de jeunes ont été «approchés» par les éducateurs. «Aucun n’a franchi le pas du départ pour l’instant», se réjouit Sonia Imloul.

*Les prénoms ont été changés.
Numéro vert: 0 800 005 696.

«Il y a autant de Jean-Michel que de Mohamed»

«De la femme de ménage aux cadres supérieurs ++», les profils de familles prises en charge par la Maison de la prévention sont très différents, selon Sonia Imloul. «Nous avons autant de dossiers concernant des filles que des garçons, détaille-t-elle. Et environ 60% de nouveaux convertis à l’islam. Mais il y a autant de Jean-Michel que de Mohamed…»

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