Cartographie de comptes Twitter de sympathisants de Daesh.
Cartographie de comptes Twitter de sympathisants de Daesh. - BROOKINGS INSTITUTION

Qu'un groupe qui milite pour un retour au Califat du VIIe siècle utilise Twitter pour sa propagande peut surprendre. Mais alors que la croyance de Daesh (ou organisation de l'Etat islamique) se centre sur une apocalypse relativement imminente, tous les moyens sont bons pour rallier ses troupes contre l'Occident avant la bataille finale.

Depuis 2008, les sympathisants de Daesh ont créé au moins 46.000 comptes Twitter (bots exclus), selon une vaste étude de la Brookings Institution (pdf) menée par J.M. Berger et Jonathon Morgan. L'utilisation du réseau social a explosé en 2013 et 2014. Poussé par les autorités américaines, Twitter a depuis suspendu au moins 1.000 comptes –surtout les plus actifs– mais le jeu du chat et de la souris est sans fin.

1.000 followers en moyenne

46.000 comptes, pour combien de sympathisants? Dur à déterminer, alors qu'une personne peut créer plusieurs profils. Mais Berger et Morgan livrent une analyse démographique intéressante:

  • L'arabe est de loin la langue la plus utilisée, à 73%, devant l'anglais (18%) et le français (6%). Le chiffre est significatif pour le français, alors qu'aucune autre langue n'arrive à 1%.
  • 98% des comptes bloquent la géolocalisation. Sur les 2% restants, ils sont principalement situés en Arabie Saoudite, en Syrie, en Irak et aux Etats-Unis. On trouve 20 comptes non protégés dans l'Hexagone, dont 19 sont encore actifs aujourd'hui, sur trois localités: deux en région parisienne et un à Nancy.
  • Chaque compte est en moyenne suivi par 1.000 followers. C'est peu par rapport à des médias ou des célébrités mais cinq fois plus que les 208 d'un utilisateur lambda.

Nouvelle stratégie

A l'origine, Daesh, et son bras média officiel, Al Hayat, utilisaient quelques gros comptes suivis par plus de 50.000 internautes. Mais avec le durcissement de la politique de suspension de Twitter l'été dernier, le groupe djihadiste a réagi avec une approche plus hiérarchisée.

Daesh a «établi des plus petits comptes qui opèrent en sous-marin», note le rapport. Certains sont désormais privés et disséminent la propagande (écrits et vidéos d'exécutions, notamment) à quelques followers de confiance, qui jouent ensuite les relais. La machine semble bien rodée et cette structure d'Hydre, difficile à terrasser.

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