Le dîner aux chandelles et les petits cadeaux, ce ne sera pas pour eux. La Saint-Valentin est toujours un moment particulier les célibataires: si certains disent s’en moquer, beaucoup reconnaissent que c’est une date qui les renvoie à leur solitude.  «Tout l’environnement médiatique et commercial reprenant cette idéologie romantique peut être déprimante, estime le sociologue spécialiste du couple Pascal Lardellier, professeur à l'université de Bourgogne. Pour la majorité des célibataires, être seul à ce moment-là, c’est un échec.»

D’après une étude réalisée par le site Elite Rencontre auprès de 400 membres, la Saint-Valentin est un moment «agaçant» pour les célibataires en quête de l’âme sœur. Près d’un sur deux (45%) est irrité par le fait de se retrouver seul le soir de la Saint-Valentin et 27% des célibataires sont hérissés par le fait d’avoir à supporter les médias et les publicités qui évoquent cette fête.  «La Saint-Valentin est une source de stress pour eux, commente Salama Marine, la psychologue du site. Ils sont renvoyés à leur solitude, notamment à cause des offres promotionnelles qu’ils reçoivent et qui ne les concernent pas.» 

«Les tables de deux avec la bougie qui va bien»

Comme de nombreuses personnes en couples, les célibataires estiment que la Saint-Valentin est avant tout une fête commerciale. 52% d’entre eux se disent heureux de n’avoir aucun stress quant à l’organisation de la soirée parfaite, tandis que 13% se réjouissent de ne pas voir à s’embarrasser de petites attentions et de cadeaux pour leur partenaire. Sylvia, lectrice de 20 Minutes, n’est pas tout à fait d’accord: «Beaucoup de couples disent se moquer de cette fête qui fait tourner le business mais quand on est célibataire, ça prend tout de suite une autre tournure. Je crois que ce qui me déprime le plus, c'est de voir les mecs et leurs roses dans les rues et les tables de deux avec la bougie qui va bien dans les restos.»

La Saint-Valentin est surtout la fête de «la norme du couple hétérosexuel», pour le sociologue: «Le célibat a encore un caractère stigmatisant, preuve en est qu’on se justifie souvent d’être célibataire, jamais d’être en couple, explique Pascal Lardellier. Le célibat peut même attirer la suspicion: s’il dure trop longtemps, on va s’interroger sur la sexualité de la personne, sur les raisons de son incapacité à garder quelqu’un, sur la légèreté de ses mœurs…»

Nutella et sites de rencontre

Pour remédier au blues du 14 février, les célibataires ont des idées: «On s'est organisé une petite soirée "contre Saint-Valentin " entre amis», nous dit Martial. «Je vais chez ma meilleure amie regarder un film romantique qui fait pleurer en mangeant de la glace et des pots de Nutella», se console Inès. «Je compte bien aller m'éclater en boîte, et pourquoi pas me trouver un Valentin d'un soir...», avance Allyne. Les bars et discothèques ont bien compris le filon: les soirées spéciales célibataires fleurissent le soir du 14 février. Les sites de rencontre se frottent aussi les mains: chez Elite Rencontre, on constate une hausse du trafic de 60% autour de la date fatidique. Et on ne se prive pas de remuer le couteau dans la plaie en rappelant aux utilisateurs du site que c’est un «moment crucial» pour s’inscrire ou souscrire des options «premium».

«Il y a un discours ambivalent des sites de rencontres, qui sont des lieux où on s’envoie en l’air assez allègrement mais où on maintient l’espoir de trouver le grand amour, commente Pascal Lardellier. Beaucoup de célibataires qui s’inscrivent autour de la Saint-Valentin le font en premier lieu pour renouveler leur carnet d’adresses…» Valérie Fer, responsable régionale pour Elite Rencontre, confirme: «La plupart des gens qui sont actifs sur le site à la Saint-Valentin veulent trouver quelqu’un pour le jour J». Le 15 février, ce sera une autre histoire.