Illustration harcèlement scolaire.
Illustration harcèlement scolaire. - DURAND FLORENCE/SIPA

«Gros lard», «va te suicider», «demain, on va te frapper»… Dans Souffre douleurs, ils se manifestent, le documentaire d'Andrea Rawlins-Gaston produit par Capa Presse qui sera diffusé mardi à 22h25 sur France 2, huit histoires de harcèlement scolaire sont illustrées par le biais des témoignages des victimes ou de leurs parents. Pour 20 minutes, la réalisatrice analyse ce fléau et les mesures qu'il faudrait prendre pour amplifier la prise de conscience.

Est-ce la première fois qu’un documentaire donne autant la parole aux victimes de harcèlement?

Il n’y pas eu beaucoup de documentaires sur le sujet, mais là où le notre est vraiment original, c’est qu’il prend la forme d’un manifeste. L’idée est de monter que le harcèlement scolaire n’est pas un fait divers, mais un phénomène de masse. Les acteurs de ce film sont les figures de proue de ceux qui veulent dénoncer ce fléau. Le documentaire s’accompagne d’ailleurs d’un manifeste en ligne que toutes les victimes du harcèlement peuvent signer. Une démarche déjà effectuée par 1.370 personnes en cinq jours.

Quel est le point commun de tous les jeunes que vous avez interviewés dans ce documentaire ?

Ils n’ont pas de profil type, car les prétextes des harceleurs sont tous aussi débiles: Mattéo a été tyrannisé parce qu’il était roux, Emeline car elle est était boulotte… Leur seul point commun est peut-être leur sensibilité accrue. Mais tous ont été scolarisés dans des établissements très différents: privé, public, en ZEP ou dans les beaux quartiers, dans des petites ou grandes structures... Ce qui prouve encore qu’il s’agit d’un fléau national.

Pourquoi la haine s’exporte-t-elle presque toujours sur le web ?

Pour réaliser ce documentaire, j’ai discuté avec une centaine d’enfants et ceux qui ont été harcelés récemment m’ont expliqué que la haine se déchaînait sur les réseaux sociaux et sur les smartphones. Car à l’écrit, les agresseurs se désinhibent, ce qui les pousse à être encore plus virulents. Et le phénomène de meute joue à plein. Ils ont aussi un sentiment d’impunité.

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Comment expliquer la faible réaction des équipes pédagogiques ?

On ne parle pas assez de harcèlement, du coup certains ont tendance à banaliser les conflits entre élèves. Ils se disent que ce sont des gamineries, ils en minimisent les effets. Beaucoup de chefs d’établissements ont aussi peur pour la réputation de leur collège ou de leur lycée s’ils mettent l’accent sur ces agressions.

Najat Vallaud-Belkacem a déclaré vendredi que l’Education nationale avait vraiment pris la mesure de ce phénomène depuis trois ans, êtes vous d’accord ?

Oui, car depuis Luc Chatel, ce problème de santé public est abordé. Il y a une vraie volonté politique de s’en saisir, comme en témoigne la création de la délégation ministérielle en chargede la prévention et de la lutte contre les violences scolaires, qui a mis en place des mesures de prévention. Mais elle a peu de moyens et la France est toujours très en retard dans la lutte contre le harcèlement scolaire. 

Quelles mesures d’urgence faudrait-il prendre ?

Il faut d’abord en parler et interpeler la société toute entière. Chaque établissement devrait mettre en place sa propre politique de prévention. Et il faut que cela devienne un sujet au sein des familles, aussi bien pour sensibiliser les éventuels harceleurs à ce fléau, mais aussi pour inciter les enfants qui en seraient victimes à parler. Je pense aussi qu’il faut former non seulement les enseignants et les chefs d’établissement à la prise en charge de ces situations, mais aussi les infirmières scolaires, les surveillants, les agents d’entretien. Car ce sont eux qui sont souvent les premiers témoins du harcèlement.

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