Illustration d'un adolescent harcelé dans son collège
Illustration d'un adolescent harcelé dans son collège - SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Certains cherchent leurs mots, d’autres pleurent ou baissent les yeux. Dans Souffre-douleurs, ils se manifestent, le documentaire d'Andrea Rawlins-Gaston produit par Capa Presse avec la participation de France Télévisions qui sera diffusé mardi à 22h25 sur France 2, la souffrance de ceux qui ont été confrontés au harcèlement scolaire est manifeste. Il y a bien sûr, les parents de Mattéo, qui s’est suicidé à 13 ans après avoir été harcelé trois ans parce qu’il était roux. Ou la mère de Marion, retrouvée pendue à 13 ans, alors que ses parents ne savaient même pas qu’elle était devenue la victime de ses camarades.

Mais ce sont aussi les jeunes qui prennent la parole directement pour raconter leur calvaire. Chaque histoire est bouleversante et démontre que tout ou presque est prétexte au harcèlement pour ceux qui ont décidé de faire de la méchanceté gratuite, leur activité quotidienne. Charlène raconte ainsi avoir subi les pires humiliations pendant quatre ans en raison de ses rondeurs et Emeline, pendant cinq ans à cause de ses dents. Jacky, est devenu le souffre-douleur de ses camarades du fait de son bégaiement. Pour Agathe, l’enfer a démarré par une fausse rumeur, une élève racontant qu’elle se prostituait. Et Lucas a subi l’opprobre d’une nuée d’adolescents en raison de son homosexualité. «J’avais l’impression que j’étais une fourmi en face d’un mammouth», confie-t-il.

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Une violence qui se prolonge sur le web

Des agressions verbales, souvent physiques aussi et qui se prolongent généralement sur Internet. Agathe raconte ainsi avoir reçu 400 messages en un week-end, certains l’incitant même à mettre fin à ses jours. Avec des conséquences sur la santé physique et mentale des élèves harcelés: boulimie, anorexie, chute des résultats scolaires… Certains enfants confient même qu’ils en sont venus à se scarifier ou à faire des tentatives de suicides. C’est le cas de Jonathan qui s’est versé de l’alcool à brûler sur le torse avant d’allumer un briquet. «Pour moi, mourir c’était la seule solution», affirme celui qui garde les traces de ce drame sur tout le corps.

D’autres ont tenté d’éviter leurs bourreaux en se cachant dans les toilettes ou au CDI à l’heure de la récréation. «On essaye de devenir transparent», témoigne ainsi Charlène. Pour tous, la seule réaction possible était alors de taire l’horreur ce qu’ils vivaient. «On a envie de protéger sa famille de ce que l’on vit», explique Jacky. «J’avais peur des représailles si j’en parlais», ajoute Emeline. Autre point commun à toutes ces victimes: l’absence de soutien des équipes pédagogiques à leur égard: surveillants ou enseignants qui baissent la tête pour ne pas voir, chefs d’établissements qui minimisent les incidents par peur du scandale… «Les adultes vous abandonnent, c’est à partir de ce moment-là que vous perdez votre humanité», souligne Charlène.

Briser le silence

Si plusieurs d’entre eux expliquent s’être relevés de ces épreuves, d’autres racontent leur lutte quotidienne contre la phobie scolaire, l’agoraphobie ou la perte de confiance en soi. «On ne peut pas être totalement guéri», souligne Jacky. Mais chacun sait désormais qu’il ne faut plus se taire. «J’en ai marre de me cacher (…) Le harcèlement scolaire est devenu le combat de ma vie», affirme Emeline. Et pour joindre le geste à la parole, à la fin du documentaire, chacun des témoins vient signer un mur transparent dans une cour de récréation. Justement parce qu’ils ne veulent plus être transparents.

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