Dominique Strauss Kahn en 2013.
Dominique Strauss Kahn en 2013. - XAOCPHOTO/SIPA

Pourquoi s’embêter avec les prénoms? Dans l’affaire dite «du Carlton», les prostituées sont considérées, au mieux, comme des «petites» et des «dossiers» ; au pire, comme du «matériel» et des «salopes». Mais ce n’est pas pour leur avoir manqué de respect que Dominique Strauss-Kahn et treize autres personnes vont être jugés.

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C’est en effet pour «proxénétisme aggravé» que les juges d’instruction Stéphanie Ausbart et Mathieu Vigneau ont décidé de les renvoyer devant le tribunal correctionnel de Lille (Nord). Comme le précise le Code pénal, ils sont accusés d’avoir «aidé», «assisté» ou «protégé la prostitution d’autrui». Commissaire de police, ancien directeur d’une grande boîte de BTP, avocat renommé ou, donc, ex-patron du Fonds monétaire international (FMI), tous le nient farouchement.

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Mais, face aux enquêteurs, ils n’ont pu que reconnaître leur participation aux soirées décrites par le menu par sept prostituées dont les témoignages ont été versés au dossier d’instruction. Long de 210 pages, le document ne cache rien des pratiques sexuelles des différents protagonistes et n'est pas avare de détails crus. 20 Minutes s'est efforcé de ne dévoiler que ceux qui éclairent sur la personnalité de DSK. 

«Le droit ne condamne pas forcément ce que la morale réprouve», défendait déjà au début de l’enquête Richard Malka, l’un des avocats de Dominique Strauss-Kahn. Il n’empêche: l’ancien ministre de l’Economie et ses comparses doivent s’attendre à ce que leur vie sexuelle soit dévoilée au grand jour lors de l’audience, prévue pour durer jusqu’au 20 février.

Une mallette avec des godemichés et des préservatifs

A commencer par la façon dont les filles ont été «recrutées». Travaillant pour la plupart dans les maisons closes belges tenues par le truculent Dodo la Saumure, les prostituées ont été, selon le dossier, soigneusement sélectionnées avant d’être envoyées dans ces «parties fines». Le terme de «marchandise» apparaît d’ailleurs à plusieurs reprises sur les écoutes téléphoniques, orchestrées par les enquêteurs de la PJ lilloise.


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Malika* raconte ainsi qu’un des acteurs du dossier était passé, chez elle, pour «s’assurer qu’elle pouvait correspondre au type de femme qui pouvait être présenté à Dominique Strauss-Kahn». Programmées via l’une des six lignes de téléphone ouvertes au nom de l’ex-patron du FMI, les soirées étaient aussi méticuleusement préparées. Face aux enquêteurs, Jade* s’est notamment souvenu de ce jour où elle avait rendez-vous en gare de Lille pour se rendre à une «soirée» à Paris. Et que le commissaire Jean-Christophe Lagarde, jugé lui aussi dans cette affaire, avait, pour bagages, une «glacière avec du champagne» et «une mallette avec des godemichés et des préservatifs».

«Boucherie», «carnage» et «abattage» 

Pour les juges, il ne «paraît pas envisageable» que DSK ne se soit pas rendu compte que «cette activité prostitutionnelle lui était ‘’dédiée‘’.» «Il était clair que j’étais là pour une prestation pour un client spécial», poursuit ainsi Malika*. Et elle n’était d’ailleurs pas la seule.

«Boucherie», «orgie», «carnage», «abattage»: si les termes utilisés par les prostituées interrogées diffèrent, ils renvoient tous à la même réalité crue d’un appétit sexuel démesuré de DSK. A l’hôtel Murano, en mars 2009, Jade* explique ainsi qu’elle n’a eu que de simples préliminaires avec DSK car «sept ou huit filles s’occupaient déjà de lui» sur un lit et qu'il n'y avait aucun préservatif. «J’ai eu un haut-le-cœur. Je n’ai pas voulu me mêler à ce carnage car ce n’est pas ma façon de faire…»

«Vu son âge, il devait prendre du Viagra»

«Très actif», selon le dossier, l’ancien candidat à l’investiture socialiste pour la présidentielle de 2007 est présenté comme quelqu’un qui ne peut pas partir d’une soirée sans avoir une relation sexuelle avec toutes les filles présentes. Interrogé sur sa participation à une fête dans un relais de chasse en pleine campagne, un témoin raconte, par exemple, que DSK «a dû avoir entre 10 et 15 relations avec des filles différentes», précisant que «vu son âge, il devait prendre du Viagra».

Mais ce sont surtout ses manières qui ont choqué les participantes à ces «après-midi récréatives». Evoquant son goût pour la pénétration anale sans protection, l’une d’entre elles précise aux enquêteurs que DSK «aimait les rapports de force»… «C’était de l’abattage, indique une autre. Les filles n’avaient pas un comportement normal. DSK débarquait avec sa bite à l’air et les prenait comme cela.»

«Je n’ai pas l’intention de m’associer à cela», se défend DSK

A tel point que l’une des prostituées a décidé, un beau jour, de prendre ses distances avec ce milieu. Gênée au moment de l’expliquer, cette dernière finit par raconter qu’un jour DSK est arrivé alors qu’elle prenait sa douche et qu’il lui «a pissé dessus en [lui] disant ‘’Tiens, tu vas aimer ça!’’. Là, je me suis dit qu’il avait un problème…»

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Longuement interrogé par les juges d’instruction sur l’ensemble de ces faits, Dominique Strauss-Kahn a vigoureusement nié avoir eu connaissance du statut de prostituées des participantes aux soirées tout autant que son attrait pour la sexualité de groupe non-protégée. «A mesure que les interrogatoires de ces jeunes femmes se sont développés et multipliés, les questions comme les réponses sont devenues graveleuses. Ce dossier présente de ce fait un fort caractère pornographique et je n’ai pas l’intention de m’associer à cela», concluait-il alors. Il risque pourtant d’y être contraint au cours de ce procès qui s’ouvre lundi et à l’issue duquel il encourt une peine de dix ans de prison et 1,5 million d’euros d’amende.

* 20 Minutes a changé les prénoms des prostituées, parties civiles dans le procès, à la demande de leur avocat.

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