Les députés écologistes devraient faire adopter jeudi par l'Assemblée un encadrement de l'exposition aux ondes électromagnétiques, notamment par les antennes-relais, et l'interdiction des pesticides dans les espaces verts publics à partir de 2020.
Les députés écologistes devraient faire adopter jeudi par l'Assemblée un encadrement de l'exposition aux ondes électromagnétiques, notamment par les antennes-relais, et l'interdiction des pesticides dans les espaces verts publics à partir de 2020. - Jacques Demarthon AFP
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Le Parlement a adopté définitivement jeudi la «loi Abeille», qui encadre l'exposition aux ondes électromagnétiques. Le texte compte parmi ses dispositions l’interdiction du wifi dans les crèches et la limitation de son usage dans les écoles aux activités pédagogiques, dans l'objectif d'une modération de l'exposition aux ondes des plus jeunes. Un «premier pas», pour le Dr Pierre Souvet, président de l’Association Santé Environnement France (Asef), qui explique à 20 Minutes en quoi ce texte pourrait encore être amélioré.

En quoi cette loi, et la limitation de l’exposition des plus jeunes, est-elle une avancée?

Enfin, on prend en considération que l’exposition aux ondes très tôt peut être néfaste! Une étude démontre en effet que le rayonnement a une pénétration plus importante dans le cerveau des enfants. Mais ce n’est qu’un premier pas, qui n’est pas encore assez grand. On est très loin de la proposition de loi initiale, très complète, qui abordait toutes les questions -puissance des antennes, réglementation des émissions, traitement de l’hypersensibilité…

Quel est le plus grand manque dans ce texte, selon vous?

Il y a encore de nombreuses marges de progression. Certains aspects sont encore à améliorer: c’est bien de rechercher les «points noirs », mais il faut aussi les traiter, et faire baisser le rayonnement dans ces zones. Et on protège totalement les enfants en crèche, à 3 ans, pourquoi pas à 4 ans? Il manque aussi et surtout après ce premier pas dans la protection des enfants, un volet de sensibilisation des parents, des familles. Il est grand temps d’éduquer les gens: cela changerait beaucoup de choses si l’on voyait par exemple dans une publicité George Clooney utiliser un kit mains libre! L’idée n’est pas de se priver de ces technologies, mais de savoir s’en servir intelligemment, et cela, ça s’apprend.

Le texte n’encadre que la réglementation dans l’espace public. Mais les enfants sont aussi exposés aux ondes à la maison…

Tout à fait. Les enfants en bas âge ont une sensibilité accrue aux ondes, il faut limiter leur exposition au maximum -le niveau zéro est impossible, donc  également à domicile. Une campagne de sensibilisation permettrait une prise de conscience des parents. En leur expliquant pourquoi il n’y a pas de wifi dans la crèche par exemple, on leur fait comprendre que les ondes sont potentiellement nocives, et ce qu’eux peuvent faire en dehors de la crèche pour protéger leurs enfants. Ce sont des choses toutes simples : le wifi branché la nuit dans la maison ne sert à rien, il vaut mieux choisir un téléphone fixe filaire que sans fil car une étude a démontré que l’impact était le même qu’un téléphone portable,… . Les familles ont besoin d’éléments d’information et d’éducation à ces technologies. C’est comme de savoir qu’il ne faut pas rester à côté d’un micro-ondes en fonctionnement!

Les détracteurs du texte soulignent pourtant la «dangerosité pas prouvée» des ondes…

C’est leur technique: décrédibiliser le fer de lance de la sensibilisation aux ondes, mais aussi une étude en particulier -peut-être moins carrée que la centaine d’autres, toutes valables, qui existent- pour tenter de gagner du temps, car ce sujet est à la conjonction de la protection de la santé et de l’impact économique. Les études existent, et sont disponibles au niveau européen. C’est de la manipulation de dire le contraire.

Que montrent-elles?

Les différents impacts biologiques de l’exposition aux ondes: électrosensibilité, mais aussi augmentation des risques de cancers (attention, pas l’augmentation des cancers en eux-mêmes). Prenez l’étude Interphone par exemple, qui a étudié l’impact des ondes radios sur les cancers du cerveau dans une douzaine de pays. Elle conclut qu’il n’y a pas d’augmentation particulière du risque de cancer pour les utilisateurs réguliers de téléphone portable. Très bien. Sauf que ces «utilisateurs réguliers» sont ceux qui utilisent ledit téléphone une fois par mois! En-dessous, il est bien mentionné qu’un sur-risque de 40% supplémentaire est constaté pour les «gros utilisateurs», qui utilisent eux leur téléphone 30 minutes par jour.

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