Voyages scolaires à Auschwitz: «Mes élèves sont devenus des passeurs de mémoire»

COMMEMORATION Le 70e anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz-Birkenau est commémoré ce mardi. «20 Minutes» a recueilli les témoignages de professeurs qui s'y sont rendus avec leurs élèves..

Delphine Bancaud

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Des lycées visitent le camp d'Auschwitz, le 20.01.2015.

Des lycées visitent le camp d'Auschwitz, le 20.01.2015. — Jan Graczynski/SIPA

L’histoire ne se raconte pas que dans les livres. Alors que le 70e anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz-Birkenau est commémoré ce mardi, des élèves découvrent chaque année ce lieu de mémoire avec leur classe. Des voyages aux objectifs pédagogiques différents selon les enseignants qui les organisent. «Je suis partie avec une classe de 1ere S il y a deux ans, car je voulais effectuer ce travail de mémoire avec les élèves et leur permettre de se confronter à l’inhumain», explique Marie Pacchioni, professeur de lettres au lycée Durzy de Villemandeur (Loiret).

«C’est une manière complémentaire d’aborder la Shoah en parallèle d’un cours classique et cela permet de casser la distance qu’ils ont par rapport aux événements», témoigne Florence Orsoni, professeur d’histoire-géographie au lycée Marie-Madeleine Fourcade de Gardanne (Bouches-du-Rhône) qui est déjà partie deux fois à Auschwitz et s’apprête à y retourner avec sa 1ere S en février. De son côté, Christine Guymonnet, professeur d’histoire géographie au lycée Paul Claudel de Laon (Aisne) qui a déjà emmené deux classes à Auschwitz, a voulu avant tout «faire un travail historique avec les élèves afin d’essayer d’analyser cette période. Mais il ne s’agit pas d’une démarche émotionnelle», insiste-t-elle.

«Mes élèves étaient bouleversés pendant la visite du camp»

Toutes trois s’accordent cependant pour dire que ce voyage pédagogique ne s’improvise pas. «Nous avons travaillé pendant plusieurs mois avant, en étudiant les populations juives européennes, l’antisémitisme et ses racines, puis en visitant le musée du judaïsme de Paris, le mémorial de Drancy, des synagogues…», raconte Christine Guymonnet. Florence Orsoni, en plus d’un cours classique sur la Shoah, a, elle, organisé une rencontre avec une déportée pour ses élèves de 1ere S. Et c’est par le biais de la littérature que Marie Pacchioni a préparé ses élèves: «On a lu Si c’est un homme de Primo Levi, O vous frères humains d’Albert Cohen et la BD L’enfant cachée de Marc De Lizano et Loïc Dauvillier».

Si les élèves sont généralement très intéressés à l’idée de visiter Auschwitz, Florence Orsoni confie cependant avoir eu des difficultés avec certains lycéens quand elle enseignait dans un lycée marseillais: «Certains avaient des préjugés contre les juifs et ont tout de suite dérapé sur le conflit israélo-palestinien». Mais une fois sur place, la plupart d’entre eux ont changé d’attitude: «Ils tous ont participé à la visite avec respect, même si certains m’ont demandé pourquoi les juifs après avoir été exterminés, s’en prenaient aux Palestiniens», confie-t-elle. «Mes élèves étaient bouleversés pendant la visite du camp. Certains d’eux se tenaient la main et d’autres n’ont pas pu rentrer dans les salles qui contenaient des restes humains et les valises de déportés, car c’était trop douloureux», témoigne Marie Pacchioni. «La charge émotionnelle est lourde, notamment parce que les visites sont assurées par d’anciens déportés. Du coup après le retour, il faut laisser aux élèves un temps de décantation avant d’aborder à nouveau le sujet», poursuit Christine Guymonnet.

Des lycéens devenus des «passeurs de mémoire»

Car une fois rentrés, le voyage à Auschwitz sert de support à des travaux de toutes sortes. «Mes élèves ont relaté leur voyage sur le site internet du lycée et nous avons organisé une exposition photos», raconte Florence Orsoni. «Nous avons poursuivi notre travail de lecture et d’écriture sur le sujet et j’ai pu constater que mes élèves avaient profondément changé. Ce voyage a créé une véritable cohésion de groupe et ils sont eux-mêmes devenus des passeurs de mémoire», analyse Marie Pacchioni. «Ce type de voyages devrait être obligatoire, car ils aident les citoyens à se construire et à prendre conscience de ce qu’est la barbarie. J’en suis encore plus convaincue depuis les derniers attentats à Paris», conclue Florence Orsoni.