Un numéro de Charlie Hebdo datant de septembre 2012.
Un numéro de Charlie Hebdo datant de septembre 2012. - G.VARELA/20 MINUTES/SIPA

Elle est inscrite dans la Constitution, gravée dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, fondée sur la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905: la laïcité est solidement ancrée dans le droit français. Offrant à chaque citoyen la liberté «de conscience», c’est-à-dire la possibilité de pratiquer la religion de son choix ou de n’en pratiquer aucune sans subir de discrimination, la laïcité permet à la fois à chaque citoyen de manifester publiquement son appartenance à une religion et à l’Etat de rester neutre par rapport aux religions. Cette notion complexe, mal comprise à l'étranger, voire en France, est aujourd’hui confrontée à de nouvelles problématiques, comme l’a illustré l’affaire de la crèche Baby Loup ou plus récemment la polémique sur la présence de crèches de Noël dans les lieux publics. Après les attentats qui ont frappé les caricaturistes de Mahomet à Charlie Hebdo, la question de la laïcité est revenue sur le devant de la scène, avec son corollaire: le droit au blasphème et la liberté d’expression.

Confondue à tort avec l'athéisme

 «Ce qui est en jeu ici est l’aspect anticlérical de la laïcité, voire son refus de la religion, estime Jean Baubérot, docteur en histoire et titulaire de la chaire Histoire et sociologie de la laïcité à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) de la Sorbonne. Cet aspect a une légitimité particulière en France car la République s’est construite en opposition à l’Eglise catholique. La France d’aujourd’hui est encore marquée par ce conflit». Avec une forte proportion de citoyens déclarant ne pratiquer aucune religion, la France a tendance à confondre laïcité et athéisme: «Un certain nombre de gens ne font pas la différence, or la laïcité correspond seulement à la neutralité de l’Etat à l’égard de la religion ou du refus de religion», précise Jean Baubérot.

La France se voudrait championne de la laïcité, mais à y regarder de plus près, elle n’a pas été la première à séparer Etat et cultes: «Voltaire prenait l’Angleterre comme exemple, illustre Jean Baubérot. Dans l’empire colonial français, la loi de 1905 n’était pas en vigueur et les musulmans d’Algérie, par exemple, n’ont jamais pu obtenir son application.»  Même ambiguïté dans les sondages, qui révèlent constamment un fort attachement des Français à la laïcité: «On distingue deux catégories de personnes: celles qui sont vraiment attachés à la laïcité et celles pour qui elle est un étendard face à la peur de l’islam», analyse le spécialiste.

«Elle fait partie de la liberté d'expresssion»

Mal comprise en France, la laïcité «à la française» est encore moins lisible pour les pays étrangers, a fortiori ceux dans lesquels Etat et religion ne font qu’un. Toutefois, les manifestations hostiles à la France qui ont eu lieu après la publication du dernier numéro de Charlie Hebdo ne sont pas uniquement liées à la contestation de cette laïcité à tendance antireligieuse. «Au Pakistan par exemple, les dessins ont pris une grande importance car ils s’inscrivent dans un contexte de présence militaire française au Moyen-Orient», rappelle Jean Baubérot.

Reste que la laïcité, dont la ministre de l’Education nationale veut renforcer l’enseignement, est encore une zone grise du droit français. «La laïcité signifie que la religion est un choix privé, non commandé par la puissance publique, mais elle ne signifie pas que la religion est reléguée dans la sphère privée; au contraire, elle fait partie de la liberté d’expression», explique Jean Baubérot. Les limites de cette liberté d’expression sont celles du «trouble à l’ordre public». «Les attentats ne sont pas liés à un problème de laïcité, mais plutôt à un problème de violence politique en général, estime Jean Baubérot. Les terroristes se réclament d’un islam radical, mais ils ne sont pas les porte-parole de la communauté musulmane».

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