Illustration d'un médecin.
Illustration d'un médecin. - AFP

L’association «Osez le féminisme» s’est indignée dimanche en découvrant sur les réseaux sociaux une fresque peinte sur un mur de la salle de garde (la cantine des internes en médecine) du CHU de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Elle représente les super-héros Flash, Superman, Batman et Supergirl violant Wonder Woman, censée représenter la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Cette dernière a fait savoir qu'elle était «très choquée». Patrice Josset, professeur d’histoire de la médecine, a écrit un livre* sur les salles de garde, où sont traditionnellement peintes ces fresques peuplées de phallus et de coïts en tout genre. Il revient sur leur histoire ancienne et leur signification.

>> A lire sur 20 Minutes : Une fresque représentant un viol collectif dans un hôpital fait polémique à Clermont-Ferrand

 

 

La fresque contre la loi Santé qui fait polémique dans la salle de garde du CHU de Clermont-Ferrand - Montage 20 Minutes

Les fresques comme celle du CHU de Clermont-Ferrand recouvrent toutes les salles de garde. Pour autant, comprenez-vous pourquoi cela peut choquer?

Oui, je comprends tout à fait. Mais les gens ne connaissent pas l’histoire des salles de garde. Cela remonte au XIIIe ou au XIVe siècle. Ce sont des lieux clos où les fresques représentent des forces de vie. D’où le fait qu’on y voie, sur les murs, des phallus ailés se promenant tout seuls –des représentations existant depuis l’Antiquité– ou de trois mètres de long. Ces salles sont en lutte contre la mort. Par exemple, à l’hôpital pédiatrique Trousseau (Paris 12e), au siècle dernier, 1.500 enfants mouraient chaque année, soit 3 à 5 par jour ! Les internes devaient vivre continuellement avec cela. Dans cet univers de mort, les salles de garde exprimaient au contraire une force de vie. Même si, en apparence, c’est pornographique, il s’agit d’une vision sacrée et symbolique très forte. D’un point de vue profane, ce sont des sas de décompression pour les internes.

Les personnages représentent-ils souvent des personnalités politiques ?

Oui. Plus largement, ils représentent toutes les figures d’autorité, que ce soit des chefs de service, des ministres ou autre. Sur une fresque à l’hôpital Trousseau, j’ai moi-même été peint en train d’enculer Tintin. L’autorité est toujours bafouée dans ces représentations.

Que vous inspirent la réaction d’Osez le féminisme et celle de la ministre de la Santé ?

Elle est inappropriée car cela n’a rien à voir, on est là dans un autre univers. C’est un monde symbolique très étrange, sans équivalent. Le fait d’avoir balancé cette fresque sur les réseaux sociaux sans expliquer n’est pas très judicieux. Le décalage entre ce qui est représenté et la société civile est énorme. Mais cette polémique à côté de la plaque, qui est le fruit de l’ignorance, est surtout révélatrice de l’époque actuelle, où l’on assiste à un retour de la pudibonderie. Le terme de «viol» [employé par l’association féministe] est également surprenant, car cela n’a jamais été représenté ou imaginé. Il s’agit souvent d’une ambiance «partouze sans limite», mais pas de viol.

Les femmes ne perçoivent-elles pas ces fresques différemment des hommes ?

L’arrivée des femmes dans les salles de garde dans les années 1970, dans une ambiance jusqu’ici 100% masculine, a apporté des changements. Une partie des femmes est à l’aise avec cet univers, et l’autre est terrifiée.

* La Salle de garde. Histoire et signification des rituels des salles de garde du Moyen Age à nos jours, de Patrice Josset. Editions le Léopard d’Or.

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