La fresque contre la loi Santé qui fait polémique dans la salle de garde du CHU de Clermont-Ferrand
La fresque contre la loi Santé qui fait polémique dans la salle de garde du CHU de Clermont-Ferrand - Montage 20 Minutes

Ils pensaient probablement faire de l’humour, mais ils se sont surtout attiré les foudres d’une partie de l’opinion publique. Pour dénoncer la loi santé de Marisol Touraine, des médecins ont affiché dans la salle de l'internat du CHU de Clermont-Ferrand une fresque représentant une Wonder Woman violée par plusieurs «supers héros» avec des dialogues salaces et violents tels que: «Tiens, la loi santé», «prends la bien profond».

Une photo de cette fresque a été publiée ce week-end sur la page Facebook du collectif «Les médecins ne sont pas des pigeons», puis retirée. Trop tard, car l'image a beaucoup tourné sur les réseaux sociaux. D'après l'avocat du syndicat des internes de Clermont-Ferrand, cité par La Montagne, la fresque «existait depuis plusieurs années sur l'un des murs de la salle de repos des internes», mais les bulles auraient été rajoutées ce week-end.

La fresque en sursis

Interrogé lundi matin par 20 minutes, le CHU de Clermont Ferrand a confirmé l’existence de cette fresque sans vouloir commenter l'information plus en amont. Mais dans l'après-midi, il a publié un communiqué indiquant que le président des internes clermontais avait été convoqué par le directeur général de l'hôpital, le Doyen de la faculté de médecine et le président de la Commission médicale d'établissement. «Il lui a été enjoint d'effacer dans la journée cette peinture murale et de publier un communiqué condamnant sans réserve sa diffusion», précise le communiqué.

Mais l'affaire pourrait ne pas en rester là. Car des «suites juridiques adéquates, disciplinaires, voire judiciaires sont engagées à l'encontre du ou des auteurs présumés de ces agissements inacceptables et condamnables», poursuit le communiqué.

Des sanctions réclamées

Une réaction ferme en réponse à l'indignation que cette fresque a suscitée dans une partie de l'opinion publique. Dès dimanche, la secrétaire d’Etat chargée de la Famille, Laurence Rossignol, a ainsi manifesté sa réprobation sur Twitter:

 

Les associations féministes ont aussi vivement fustigé la fresque. Dans un communiqué publié dimanche, Osez le féminisme a dénoncé le fait que des futurs médecins «utilisent la représentation d’un viol pour montrer leur mécontentement vis-à-vis d’une ministre et de sa loi. Les bulles ajoutées sur la fresque sembleraient indiquer que la femme violée, habillée en Wonder Woman, symbolise à leurs yeux la ministre de la Santé.»

L'association a demandé au Conseil de l’ordre des Médecins «de faire supprimer cette fresque et de sanctionner ceux qui en sont responsables». Elle suggère aussi  «de mener un travail visant à sensibiliser les médecins, les étudiant-es en médecine et à effacer les fresques représentant des violences faites aux femmes qui existeraient dans d'autres internats liés à des hôpitaux publics ou dans des salles de garde».

Contacté lundi midi par 20 Minutes, l'Ordre des Médecins a affirmé «condamner la réalisation et la diffusion de cette fresque» et devait publier un texte en ce sens sur son site dans la journée. Il a précisé que le conseil départemental de l'Ordre des Médecins a rencontré le doyen du CHU de Clermont-Ferrand et le Directeur Général de l'Agence Régionale de Santé pour décider des mesures à prendre après cette affaire.

«L'esprit carabin ne peut pas la justifier»

Interrogé aussi par 20 minutes, l'entourage de la ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes, Marisol Touraine a rapporté qu'elle avait trouvé cette fresque «choquante» et qu'elle estimait que «l'esprit carabin ne peut pas la justifier». Bruno Le Roux, chef de file des députés socialistes, a également condamné  cette fresque «mettant en scène le viol collectif de la loi».

Y voyant une «nouvelle dérive odieuse de la campagne menée contre Marisol Touraine», il a demandé «à ce qu'il soit mis un terme au lynchage médiatique et aux campagnes immondes menées çà et là à l'occasion de la future loi santé».

<<< A lire aussi l'interview de Patrice Josset, professeur d’histoire de la médecine, qui explique la tradition des fresques dans les salles de garde des internes...

 

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