Attentats à Paris: Comment lutter contre les théories du complot?

INTERNET Après les attentats qui ont frappé Paris, les théories conspirationnistes ont prospéré sur le Web. Pourquoi ont-elles pu se diffuser et comment lutter contre leur propagation? 20 Minutes fait le point...

Faustine Vincent

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Après l'attentat perpétré contre « Charlie Hebdo» de nombreuses fausses informations ont circulé sur Internet.

Après l'attentat perpétré contre « Charlie Hebdo» de nombreuses fausses informations ont circulé sur Internet. — Cédric Garrofé // 20 MINUTES

Les adeptes des théories du complot sont réapparus en force après les attentats qui ont ensanglanté Paris la semaine dernière. Forums et réseaux sociaux ont été inondés de messages faisant état de leurs «découvertes», alimentant les discours conspirationnistes.

Un écho immédiat et massif sur Internet

Si le conspirationnisme est aussi vieux que l’humanité, les forums et les réseaux sociaux (Facebook, Twitter...) lui ont en effet offert un nouvel écho, massif et immédiat. «Avant, les théories du complot ne se diffusaient que par le bouche-à-oreille ou dans des espaces confinés, en dehors des médias officiels, explique Gérald Bronner, sociologue et auteur de La démocratie des crédules (PUF). La dérégulation du marché de l’information depuis le début des années 2000 leur a donné une nouvelle vitalité. Maintenant, n’importe qui peut dire n’importe quoi dans l’espace public. Les esprits mal préparés sont les plus perméables à ces théories». En particulier les jeunes de 15-24 ans.

«Un jeune sur cinq adhère à la théorie du complot», s’est alarmée jeudi la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem. Un chiffre sorti de sa rencontre, mercredi dans le cadre de la «mobilisation de l'Ecole pour les valeurs de la République», avec Rudy Reichstadt, directeur de l'Observatoire du conspirationnisme. Ce dernier citait lui-même un sondage Ipsos paru en juin 2014 dans Le Parisien, affirmant qu’un Français sur cinq (tous âges confondus) se dit convaincu de l'existence des Illuminati, une sorte de société secrète qui gouvernerait le monde. Selon la ministre, les jeunes de 2015 se font d’abord leur opinion sur Internet, alors «qu'il y a 20 ou 30 ans, 90% de ce qu'apprenait un élève venait soit de ses parents, soit de l'école. Or que trouvent-ils sur Internet? Ils trouvent notamment ces théories du complot.»

Lutter par un travail de pédagogie

Comment lutter contre leur propagation? A la différence des messages faisant l’apologie du terrorisme sur les réseaux sociaux, qui peuvent faire l’objet de condamnations pénales, la diffusion de thèses complotistes est plus difficile à combattre. Sur le plan légal, l’article 27 de la loi de 1881 sur la liberté de la presse stipule que «la publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses […] susceptibles de troubler la paix publique sera punie d'une amende de 45.000 euros». «En théorie, on peut donc tout à fait condamner, explique Rudy Reichstadt. Mais à ma connaissance, cela n’a jamais été fait s'agissant d'un contenu complotiste. De toute façon, le problème ne sera pas réglé en donnant une amende.»

Combattre les théories du complot passe avant tout par un travail de pédagogie. «Il faut expliquer ce qu’est une source fiable, comment reconnaître un contenu conspirationniste, et stimuler l’esprit critique», avance le directeur de l'Observatoire du conspirationnisme. Si tenter de raisonner les plus endoctrinés est vain, selon lui, on peut toutefois «rattraper les gens de bonne foi, qui ont basculé par crédulité». 

Les erreurs à ne pas commettre

Il faut éviter le piège du rejet ou de l’insulte: «Traiter [ces jeunes] de fous, c’est une manière de les exclure et de nourrir le conspirationnisme, affirme Bruno Fay, journaliste indépendant et auteur de Complocratie. La plupart du temps, leurs doutes expriment une naïveté ou une méconnaissance des sujets. Il faut répondre à leurs interrogations, en déconstruisant les incohérences.»

Eviter aussi le piège du silence. «Les minorités arrivent à imposer leurs vues à la majorité parce qu’elle est silencieuse, donc les théories du complot se diffusent, analyse Gérald Bronner. Après la marche républicaine de dimanche, il faut un nouveau militantisme citoyen. Lutter pied à pied contre ces théories, partout. Pratiquer la politique de la chaise vide laisserait le champ libre aux radicaux.»

Contacté, le ministère de l’Education nationale précise que des mesures seront annoncées la semaine prochaine pour permettre aux enseignants de trouver eux aussi des parades.