Une documentation sur l'avortement au centre d'orthogenie de la maternite des Lilas en janvier 2013.
Une documentation sur l'avortement au centre d'orthogenie de la maternite des Lilas en janvier 2013. - DURAND FLORENCE/SIPA

Les Françaises ont moins recours à l’avortement qu’en 1975, mais plus souvent de manière répétée. A l’occasion du quarantième anniversaire de la loi Veil, qui aura lieu le 17 janvier, une étude de l’Ined dévoilée ce jeudi fait ce constat étonnant. Laurent Toulemon, chercheur à l’Ined livre son analyse.

Quelle est la part de femmes qui avortent plusieurs fois au cours de leur vie?

Il s’agit d’une minorité. Un tiers des femmes (33%) ont recours au moins une fois à l’IVG au cours de leur vie, dont 9,5% au moins deux fois et 4% trois fois ou plus. Mais le nombre de femmes ayant recours plusieurs fois à IVG ne cesse de s’accroître depuis 1975 en France comme dans d’autres pays européens.

Ces avortements multiples concernent-ils un type de femmes en particulier?

Les femmes âgées de moins de 30 ans. Cela s’explique tout d’abord par l’allongement de la période entre le premier rapport sexuel et le premier enfant. Pendant cette période qui dure une dizaine d’années, les chances d’avoir un parcours contraceptif sans failles sont plus limitées car les jeunes femmes ont souvent des relations sexuelles épisodiques, qui ne sont pas toujours bien protégées.

Certaines de ces grossesses non prévues sont-elles dues à un défaut d’information sur les moyens de contraception?

Le nombre d’avortements s'est stabilisé à la fin des années 2000, preuve que la couverture contraceptive des Françaises est meilleure que dans les années 70. Mais il existe encore des accidents de contraception, soit parce que certaines femmes prennent leur pilule de façon irrégulière. Soit parce qu’elles ont des relations sexuelles épisodiques avant de se mettre en couple et qu’elles n’utilisent pas systématiquement de moyen de contraception. Soit parce qu’il arrive des accidents de préservatifs ou que leur partenaire a refusé d’en utiliser. Par ailleurs, les implants, l'anneau vaginal et le patch ne sont pas encore très utilisés.

Mais comment expliquer qu’après une première IVG toutes les femmes ne soient pas mieux protégées lors de leurs rapports sexuels?

Avant 2004, toute IVG était obligatoirement précédée par un entretien psycho social. Il était parfois ressenti comme une brimade par les femmes et il rallongeait les délais pour obtenir un rendez-vous pour l’intervention ou la prescription médicamenteuse. Mais depuis 2004, il n’est plus obligatoire, sauf pour les mineures et il n’est proposé qu’à deux tiers des femmes. Or, il permet de comprendre pourquoi la femme n’était pas ou pas suffisamment protégée lors du rapport et de faire un point avec elle pour choisir le moyen de contraception le plus adapté à son âge et à son mode de vie.

La situation sociale de certaines de ces femmes n’est-elle pas aussi en cause?

En effet, certaines femmes en situation précaire sont parfois très éloignées du système de soins et ne vont jamais chez le gynécologue. Elles ne parlent donc jamais de contraception. Et certaines sont dans une telle détresse sociale et affective que la contraception est le cadet de leur souci.

Et que répondez-vous à ceux qui pensent que ces recours multiples à l’IVG sont dus à une banalisation de l’avortement chez certaines femmes?

L’IVG est désormais reconnue comme un droit et non comme un dernier recours. Et l’on a retiré dans la loi la notion de «situation de détresse» pour recourir à l'avortement. Mais cela ne signifie pas pour autant que certaines femmes l’utilisent de manière inconséquente, comme une simple méthode de régulation des naissances.

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